French version

Alors que le soleil se couche, le jet privé du cabinet se pose à Johannesburg. La porte s’ouvre déroulant les marches de l’appareil. Alexe apparaît vêtue d’un tailleur jupe vert pomme. Avec ses cheveux relevés elle fait plus âgée. Elle paraît si sérieuse et marche le torse bombé vers l’avant.

A peine a-t-elle posé son pied sur le sol du Oliver Reginal Tombo, qu’un jeune homme vêtu d’un costume noir vient à sa rencontre. Elle le scrute minutieusement. Elle s’arrête longuement sur ses lèvres entrouvertes qui voudraient remuer mais restent hésitantes. Voyant son malaise et désireuse de détendre l’atmosphère, la jeune femme lui esquisse un sourire charmeur. Il rougit avant d’enfin oser s’adresser à elle :

-Mademoiselle Casey, je suis ravi que vous ayez pu me rejoindre si rapidement ! (il sourit)

-Monsieur Mahoney est un client privilégié et c’est pour moi un honneur d’être accueillie dans sa demeure. (Elle hoche la tête) Et puis je n’étais jamais venue en Afrique avant aujourd’hui. Cette soirée prévoit d’être agréable. (Les yeux observant le ciel, elle inspire profondément)

Le garçon acquiesce et ouvre la portière arrière d’une Mercedes grise. La jeune femme prend place sur les sièges en cuir et dépose avec délicatesse l’étui contenant son ordinateur portable sur le siège adjacent. Le chauffeur range ses bagages dans le coffre avant de retourner à son poste de pilotage et prendre la route.

Le paysage défile sous le regard curieux de la passagère. La route longe les plages. Elles sont désertes, enfin si on fait abstraction des quelques crabes qui profitent du calme. Des allées de peupliers séparent maintenant ses yeux de ce spectacle. Le véhicule se gare.

Telle une enfant devant le sapin de Noël du Rockefeller Center, Alexe admire la fontaine de verre qui trône au centre de la cour. Une odeur douce de jasmin flotte dans l’air.

-Je savais que cela vous plairait mademoiselle Casey !

Elle sursaute et pose sa main sur sa poitrine.

-Oh Raphaël ! Excusez-moi de ne pas être d’abord venue vous saluer mais cette fontaine est… (Elle ouvre de grands yeux) incroyable !

-Pas autant que votre tenue. (Il étouffe un rire)Je vois que vous y mettez toujours autant de fantaisie !

-Je ne voulais pas vous décevoir. (Elle lui fait un clin d’œil)

-Trêve de bavardages, nous avons du travail !

Il la saisit par le bras et l’emmène dans la salle à manger. Jenny, une petite africaine maigrelette, sert les plats. En entrée c’est un velouté d’asperge à la menthe, en plat principal un bobotie1 et du riz jaune. Pour le dessert c’est une crème de géranium, le dessert préféré de Monsieur Mahoney. Raphaël demande des nouvelles de la vie sentimentale de son invitée. Pas besoin d’être devin pour savoir où il veut en venir. Depuis quelques mois il tente de la reprocher de son fils cadet. Elle répond brièvement et change poliment de sujet. Alexe cherche à comprendre pourquoi il est si pressé de faire transférer ses hors-bords vers l’Amérique, la raison de sa venue en Afrique du Sud. Il lui explique que la crue va arriver et qu’il doit protéger ses bateaux. Il l’a conviée car il voudrait en faire don à une association et sait que la jeune avocate est toujours de bons conseils. Après le dessert ils prennent place dans la véranda et discutent des possibilités les plus appropriées.

Après une courte nuit, Alexe doit déjà repartir à Houston. Raphaël pensant qu’elle va dormir encore quelques heures ne prend pas la peine de se toiletter pour prendre son petit déjeuner. Quand elle le croise dans le hall d’entrée, il est gêné mais ne laisse rien paraître. Sans ses artifices, elle ne le reconnait presque pas, il est déchu. Le voiturier à ses côtés illumine le hall tellement la différence d’apparence entre les deux hommes est frappante. Les deux amis s’étreignent brièvement. Alexe quitte la résidence pour rejoindre l’aéroport où son jet l’attend. Elle fait un signe de la main au chauffeur avant de disparaitre dans l’appareil. La porte se ferme. L’avion décolle.