Fuir la séparation

Dans les couloirs du lycée de Blackmount, règne le silence. Il est 11h43, dans peu de temps, l’allée des casiers jaunes et violets accueillera une foule d’étudiants s’éparpillant dans tous les sens, le bruit des cadenas qui s’ouvrent, le vacarme des claquements de portes, le brouhaha des discussions d’adolescent, la satisfaction de fin de semaine, les regards fuyants des amoureux, tout ce qui rend l’atmosphère de l’école si particulière.

Mais pour l’instant, tout paraît calme comme si nulle âme ne vivait dans le bâtiment.

Une sonnerie retentit, le tapage commence. Devant le casier 296 Alexe Casey, une brune, les cheveux attachés en queue de cheval, des yeux gris-verts, une bouche pulpeuse, un menton discret, vêtue d’une chemise pêche et d’une jupe plissée noire, chaussant des talons hauts, avec des jambes minces et longues, réalise le code de la serrure. A un mètre de là, le talon relevé à hauteur du genou, appuyé contre le mur, Sheryl Christichel l’attend. Sheryl mesure 1.60 m, ses cheveux volumineux, noirs et épais forment une coupe carrée, son visage rond rappelle celui des bambins. Elle vête un pantalon noir et une chemise blanche et un tricot en V marron, ainsi que des bottes en cuir beiges. De son regard brun profond elle épie les vas et viens.

Alexe entasse ses bouquins dans le petit placard de fer mauve, engage l’arceau dans l’orifice et le tourne pour bloquer l’ouverture. Elle saisit un court manteau blanc et son sac à dos jaune puis rejoint son amie.

  • C’est pas trop tôt ! Et Monsieur Bad Boy, il ne rentre pas avec nous aujourd’hui ? Ou sa semaine c’est encore terminée un jeudi ? (elle a un petit rire supérieur)
  • Non il ne part pas ce week-end, mais il ne nous accompagnera pas non plus today. Je l’évite depuis lundi et en quatre jours on dirait qu’il s’est volatilisé. (elle lève les yeux au ciel)
  • Ah bon ! Qu’qu’ il a fait ?...Ne me dis pas qu’il a encore flirté avec Lilou  pendant que tu étais en cours de théâtre ?

La jeune femme est surprise de cette révélation.

  • Quoi avec Miss Bimbo ?...Et c’était quand ?... De toute façon, je m’en fiche, ce qui me vexe c’est que tu ne m’aies rien dit jusque-là ! (elle relève le menton et croise les bras, la colère envahit son regard)

Sheryl ne répond rien. Elle sait que tenter de calmer Alexe quand il s’agit de Lilou, c’est comme essayer d’apprendre à un cheval à voler.

Parlons de Lilou Albiene, personnage malheureusement bien connu des lycéens, plus communément appelée « Chipie ». Elève peu studieuse, qui mise tout sur son physique et la belle situation financière de papa. Fille voulant toujours être vue au bras des garçons populaires, mais le pire des traits de son caractère c’est de rabaisser et blesser celle ou celui qui oserait lui tenir tête, dans le cas présent Alexe Casey.

Six mois auparavant, juste avant les vacances estivales, Alexe apprit les sentiments de sa rivale pour Dario et la coiffa au poteau. Elle ne le dragua pas uniquement pour la narguer, mais au contraire parce qu’elle l’aimait en secret depuis plusieurs années. La compétition lui donnait enfin la force d’ouvrir son cœur. Elle venait de déclencher la guerre, Lilou toujours à surveiller l’être aimé tel un vautour pour trouver la moindre faille et reprendre ce qu’elle considère comme SON bien.

 

Sheryl et Alexe quittent l’aile sud. Quelques mètres derrière les adolescentes, un beau jeune homme court.

Dario Bischoff, un grand blond, les cheveux courts bouclés, des yeux d’un bleu profond, un visage d’ange, un corps musclé protégé par un T-shirt d’un groupe de rock, un jean baguy qui laisse apparaître un caleçon rouge.

  • Alexe ! Alexe ! Arrête-toi ! Mais attends-moi !

La jeune fille ignore les appels de son petit ami.

  • Qu’est-ce qui t’arrive ? Une semaine que j’essaie de te joindre sans aucune réponse ! Dis-moi quelque chose je t’en prie ! 

Mademoiselle Christichel stoppe son amie en la saisissant par le bras, la regarde droit dans les yeux et lui murmure :

  • Il a le droit de savoir ! Parle-lui ! Je t’appelle dans deux heures ! Bye ! 

Elle s’éloigne.

Dario arrivé à sa hauteur, l’enlace et chuchote :

  • Tu m’as tellement manqué ! (sa voix tremble)

Elle ne prononce mot, lui soutient les épaules de ses mains. Il la sert au plus près de lui, son cœur s’accélère. Une larme coule sur sa joue et termine dans le cou de la jeune femme. A cet instant ils sont seuls dans la cour du lycée, le clocher annonce midi, l’endroit recouvre sa sérénité. D’un geste brusque, la demoiselle s’écarte du blondinet. Il s’efforce de la retenir mais en vain. Tirant le garçon par le poignet, elle part s’asseoir sur le banc de l’arrêt de bus.

Après quelques minutes de silence, elle lui avoue enfin

  • Je suis vraiment désolée, je ne sais plus où j’en suis, j’ai besoin de réfléchir…

Dario un peu plus fort :

Réfléchir à quoi ? A nous ?...J’ai été idiot il y a quelques semaines, mais je regrette sincèrement mes erreurs ! (il resserre son poing)

  • Ce n’est pas pour cette raison !...Dimanche chez toi, j’ai surpris une conversation téléphonique de ton père…(elle soupire) Je sais tout ! Dans un mois, tes parents, ton frère et toi vivrez en Europe, en Allemagne plus précisément…Je ne veux pas que toi et moi ça se termine, mais soyons réalistes, à notre âge notre relation ne tiendra pas plus d’un mois, on ne pourra pas se voir, se toucher, s’embrasser, se promener dans Emilicetree sous le ciel étoilé…Alors je préfère…je préfère interrompre notre amour dès aujourd’hui ! 

Ce qui Alexe ignore c’est que les parents de Dario, pour le préservé, taisaient le sujet délicat du départ. Le jeune homme découvrant ce voyage, ne soulève pas ce détail.

  • Mais comme tu l’as souligné, il nous reste un mois, alors je veux le vivre avec toi pleinement (il cherche son regard)…ne pas passer des soirées à Emilicetree mais des nuits, t’embrasser au lever du jour,(il caresse sa joue) remplir un album photo de nous…
  • Ça suffit ! (elle retire la main qu’il a posée sur son visage) Ça ne nous mènera nulle part… (elle serre les dents) Tu partiras et tout s’arrêtera ! Je souhaite vivre ces derniers instants avec un ami qui me quittera plutôt qu’avec un garçon qui me brisera le cœur. 

Sans lui laisser dire quoi que ce soit elle caresse ses lèvres avec les siennes, lui jette un long regard tout en s’éloignant.

Le beau blond assis sur le banc, se souvient de leurs moments passés, tel un enfant abandonné au milieu du néant.

Mademoiselle Casey longe le terrain de football, tourne à gauche, borde les vestiaires, traverse l’avenue Blueberry, pénètre dans le parc Emilicetree, suit le chemin a deux heures de la fontaine aux sirènes, passe devant la boutique florale, la résidence Morganai, la maison de Mademoiselle Madeira, la famille Southey, les balançoires, chez Sheryl Christichel, Monsieur Liplit, le salon Hairfresh, la tribu Sirasi, la boutique Weddingslove et les voisins, les Jeuniel, enfin elle arrive à l’entrée du jardin de sa mère. Elle pousse la barrière de bois violette, effleure les neufs pavés qui mènent au deux marches du perron, les gravit. Pour la première fois depuis son départ du collège, elle regarde en arrière.

Comme si le vent se levait, Alexe s’accroupie. Elle réalise ce qui arrive, elle regrette cette fuite. Ses pensées se troublent.

Qu’ai-je fais !  Il apprend qu’il est sur le point de tout perdre, ses amis, ses souvenirs d’enfance, moi…et la seule chose que j’ai trouvé à faire, c’est me plaindre de MA situation et le délaissé dans cet arrêt de bus sordide…le souvenir qu’il lui restera de moi sera celui d’une tortionnaire…il demandait du soutien pour surmonter cette épreuve…je suis lâche !

Son esprit s’envahir de souvenirs de son passé avec Dario ; leur tout premier baiser pendant la sortie au musée des Beaux-Arts, la première balade au clair de lune dans Emilicetree, la fois où ils s’étaient échangé un pull avec leur parfum respectif car la famille Bischoff s’en allait deux semaines en Floride, le matin où elle se réveilla dans ses bras, allongée sur le canapé du salon de Dario alors que sa mère avait fixée le couvre-feu à minuit, tous les après-midi dans la piscine des Bischoff a gicler le petit frère pour qu’il soit forcé de quitté le jardin et ainsi ils pouvaient s’embrassés allongés sur l’herbe, leurs longues conversations sur leur avenir commun, le choix de la même université, leurs vacances au ski pendant la période de Noël, le Spring Break au Mexique, le bal de la promo…

Alexe ferme les yeux, elle pleure…

Cette fois le feu à tout dévasté, la seule rescapée se nomme tristesse.

La vie continue dans le quartier, les voitures du voisinage rejoignent leurs garages avec à leurs bord les maris, qui retrouvent leurs épouses le temps d’un dîner. Seul dans la villa Casey rien ne change, l’intérieur n’abrite personne, devant la porte, la locataire assise sanglote, mais nul ne s’en aperçoit. La maman de cette dernière ne rentre pas à midi, elle travaille à l’autre bout de l’Etat, à Seattle. Dans les environs, toutes les familles mangent. Le silence revient.

Au loin, on aperçoit le vrombissement d’un moteur, il se rapproche, puis le bruit cesse. Un klaxon retentit…puis une fois à nouveau. Une porte d’automobile claque. Soudain une main touche l’épaule d’Alexe. Celle-ci regarde devant elle, tout en remontant la silhouette des yeux, elle sèche son visage, ils se voient, elle est soulagée quand elle le reconnaît. Dans un moment si important, elle n’espérait que lui.

Un jeune homme en baggy laissant apparaître un caleçon rouge, un t-shirt noir, un corps d’athlète, un visage d’ange, des cheveux courts, des yeux profonds. Celui dont elle a le plus besoin à cet instant, son confident, son meilleur ami, Sam Jeuniel. Physiquement ressemblant à Dario à trois détails près : une tignasse raide, brune et des yeux marron.

Les deux adolescents se connaissent depuis leur plus tendre enfance, il habite de l’autre côté de la barrière pourpre.

Il partait faire la fête tout le weekend avec ses potes au moment où Sheryl l’appelait pour l’informer de l’état de son amie. A peine avait-il raccroché qu’il rebroussait chemin pour consoler sa voisine.

Alexe lui raconte ce qui lui tombe dessus. Sam propose de se rendre chez le glacier pour noyer cette peine dans le sucre. Tous deux montent dans une Clio bleu clair. Rapidement, ils atteignent le 70’s Club, décors rock’n’roll, des néons sur tous les murs, banquettes en cuir rouge, un bar longeant toute la pièce, une odeur agréable de Moca, des serveuses montées sur patins à roulettes. Sam et Alexe prennent place au milieu du restaurant, elle choisit une coupe double caramel, double chantilly, lui prend un frappé banane. Le service se fait rapidement.

La jeune fille entame sa crème glacée et la conversation en demandant conseil auprès de son ami.

  • Comment je suis censée réagir ?
  • Tu tiens vraiment à le laisser partir et tirer un trait aujourd’hui ?, demande-t-il perplexe.
  • Quoi que je décide, l’heure H viendra et il s’en ira de l’autre côté de l’Atlantique, sur un fuseau horaire décalé de 9 heures, sur un continent avec des jolies filles majeures à 18 ans, je ne peux pas rivaliser ! (elle mord l’intérieur de sa joue droite)
  • Ce n’est pas moi dont il s’agit mais tu l’as aimé pendant sept longues années, sept ans où tu le croisais chaque jour sans lui avouer tes désirs les plus fous, enfin en mars dernier tu oses et ouvres ton cœur… La semaine dernière tu parlais du futur auprès de lui et aujourd’hui tu veux tout détruire ! Je ne comprends pas. (il prend sa tête dans ses mains) Tu veux un conseil et bien en voilà un : (le ton de sa voix se durcit) au lieu de te lamenter et te gaver de glace, tu devrais passer ces derniers jours avec lui, profiter de faire tout ce que vous pouvez et quand le moment sera venu pour lui de partir, je serai là, on se goinfrera de sucreries à en devenir malade, mais aujourd’hui ça ne rime à rien ! Ne t’inquiète pas tout se passera bien, tu ne seras pas seule, je m’occuperai de toi comme durant ces quinze dernières années ! (son regard est plein de compassion)

Les deux jeunes terminent leurs desserts et quittent le café. Ils roulent jusqu’à Diamonstreet. Alexe descend du véhicule devant le manoir des Bischoff. L’auto bleue disparaît au coin de la rue.

En ce milieu d’après-midi, le ciel se couvre au-dessus de Blackmount, quelques minutes suffisent pour que la pluie mouille le goudron de Diamonstreet. Dans le Comté de Douglas, on est habitué à cette météo capricieuse et inattendue.

Devant la bâtisse numéro 92 de la rue, Alexe figée sous l’averse, regarde éperdument vers la fenêtre en haut à droite. La demeure semble vide, la demoiselle s’avance hésitante en direction de la porte d’entrée, elle frappe…Dario ouvre. Elle lui saute au coup et l’embrasse à plaine bouche. Un interminable baiser les unie. Quand ils reprennent enfin leur souffle, il la fait entrer et ses yeux brillent d’émerveillement.

  • Même mouillée, tu subsistes comme la plus belle, celle de mon cœur. Mes parents doivent signer des papiers à Carson City et mon frère dort chez mes grands-parents à Bridgeport. Je me retrouve seul dans cette immense baraque…ne me laisse pas ! J’ai besoin de ta présence ! 
  • Tu connais ma mère, (elle pince les lèvres) elle n’acceptera jamais ! 

A ces mots, le jeune homme saisit la main de sa copine et l’attire dans sa chambre.

Assise à califourchon sur son petit ami, elle déboutonne son chemisier et s’en sépare. Lui retire son t-shirt pour que leurs peaux se frôlent. Elle embrasse ce torse nu tout en remontant à sa bouche. Il lui caresse le dos et les bras. Sans aller plus loin dans leur découverte, ils entrelacent leurs langues et leurs lèvres pendant plus de deux heures. Ils s’endormant l’un contre l’autre.

Blackmount, vendredi, 18h33, la pluie cesse, les nuages filent vers le nord. Au 92 de Diamonstreet, les tourtereaux émergent.

  • Il faut que je rentre, je n’aurais pas dû m’endormir…je serai jamais à la maison avant ma mère et on peut dire adieu à notre soirée ! (sa voix tremble de stress)

Il l’observe tourner autour de lui avec un sourire enchanté.

  • Pas de soucis ma chérie ! Je m’habille et je te raccompagne en voiture…on y sera en dix minutes et ta maman ne rentre jamais avant dix-neuf heures. 

Dario revête un sweet, attrape les clefs de sa voiture et court à l’extérieur suivi de près par Alexe. Le bolide allemand jaune aux formes voluptueuses fonce au 29 de Silvercupstreet. Avant de descendre du véhicule, la jeune fille murmure quelque chose au chauffeur, sourit et referme doucement la porte en agitant sa main droite en guise d’au revoir. Elle regarde l’auto traverser le quartier, monte le perron couvert, farfouille dans son sac, en ressort un gigantesque trousseau, sélectionne une clef bleue, débloque la serrure et pénètre dans la villa.

Une jolie maison comme celles des poupées, des volets violets et la porte mauve, toute recouverte de planches de bois blanches, un seul étage. Sous l’avant toit qui longe toute la devanture, il y a un salon d’extérieur de couleur lavande et justement aux bords des fenêtres s’en trouve des bouquets qui odorent le lieu.

Quand on entre, on arrive dans un grand hall accédant à toutes les autres pièces de l’habitation. Tout au fond se situe un lieu surprenant accessible par une porte orange, le refuge d’Alexe. Une pièce où les couleurs vives se marient à une atmosphère sombre. Les murs sont noirs alors que le mobilier blanc, une lumière tamisée. Au centre appuyé contre le mur du fond, un grand lit, une literie poilue orange, des oreillers pink, à sa gauche une étagère métallique sur laquelle trône une imposante chaîne hi-fi dernière génération. Le mur est tapissé de photos de ses amis et d’elle dans les bras de Dario.

La jeune fille rejoint sa chambre, s’étale sur son lit, jette son sac à terre, étire son bras et met en route sa radio. Au son de la musique elle se remémore son après-midi à Diamonstreet.

Le téléphone retentit, l’adolescent saute hors de sa piaule et se précipite dans le séjour où résonne l’appareil, elle décroche :

« Salut Alexe ! Ça va ? J’ai essayé de t’atteindre mais il n’y avait personne chez toi ! »

« Merde, désolée ! Je t’ai complétement zappée. J’suis allée chez mon chou et on s’est endormis, je viens de rentrer. »

« Oui je sais, j’ai vu la TT passer devant chez moi. J’en conclue que tu ne lui as rien dit ! »

« Si je lui ai dit que je souhaitais mettre un terme à notre relation et je suis rentrée mais grâce à toi Sam m’a ouvert les yeux et je me suis rendue à la résidence Bischoff, et me revoilà à la maison ! »

« Ca me paraît compliqué, tu me raconteras dans le détail ce soir au Halloweenshop. »

Alexe a oublié que ce soir elle et Sheryl vont choisir leur costume pour le bal d’automne. Elle réfléchit à quelle excuse elle va inventée pour son copain quand son interlocutrice la ramène dans la réalité :

« Alors à quelle heure ? Et qui conduit ? »

« Qu’est-ce que tu disais ?...Ah oui les costumes…euh…je passe te prendre à 19h ! »

« Bon ok alors je te laisse, il faut que je me douche, à plus ! »

« Oui à tout ! Bye ! »

A peine termine-t-elle son appel, elle compose le numéro du blondinet :

« Résidence Bischoff j’écoute ! »

« Bonsoir mon cœur ! » (elle se mordille la lèvre inférieure)

« Salut ma princesse alors tu arrives quand ? Tu me manques trop ! »

« N’en fais pas des tonnes, on vient de se séparer ! »

« Non je suis sincère, alors à quelle heure aurai-je à nouveau droit à tes lèvres ? »

« Neuf heure. »

« Si tard ? »

« Non tôt, neuf heure demain matin ! »

« Ah ça va être dur une nuit sans toi, ces draps glacés… »

« Je suis navrée, j’ai insisté mais ma mère veut que l’on passe une soirée toutes les deux. » (elle mord son index)

« Bon ben si le sergent en a décidé ainsi, je me plie au règlement. »

« Ne l’appelles pas comme ça mais depuis que ma sœur est partie étudier à Rome, elle n’a que moi. »

« Oui je comprends ! Alors à demain 9h je serai devant chez toi ! »

« Ok ! Bye, bonne nuit ! »

« Fais de beaux rêves déesse ! Bye ! »

L’amoureuse file se bichonner, elle tasse un sac vert-pomme et court chez son voisin. C’est madame Jeuniel qui ouvre. Elle lui explique que Sam est sous la douche mais qu’elle peut lui passer un message. Alexe lui expose qu’elle aurait besoin de la voiture pour se rendre à Hotdown. La mère disparaît. On entend une conversation au loin puis elle revient les clefs de la Clio à la main. Madame transmet que son fils aimerait simplement que la jeune femme lui remette de l’essence, quant aux clefs il suffit de les déposer dans la boîte aux lettres en rentrant. Elles se saluent.

Elle démarre la voiture. Cinq maisons plus loin, elle se gare et klaxonne. En une poignée de secondes, Sheryl apparaît et prend place dans le véhicule. La Renault roule doucement jusqu’au bout de l’allée. Après le carrefour, la bagnole accélère nettement. Trente-cinq minutes plus tard, les adolescentes se parquent devant la boutique de déguisements. Elles entrent.

  • Alexe, tu as une idée ? Sorcière ! Clown ! Infirmière ! Cowgirl ! (elle laisse échapper un petit rire)
  • Bof ! Non ! 
  • Je sais…en ange ! 
  • Sûrement pas, trop tape à l’œil ! (elle grimace)
  • Et c’est toi qui dit ça mademoiselle je m’habille en Fluo ? (elle écarquille les yeux)
  • Justement…les bals costumés sont faits pour être quelqu’un d’autre…l’inverse de ce que l’on est tout le reste de l’année !

Sheryl rit avant de lui lancer sarcastiquement :

  • En bonne sœur ça serait parfait pour toi alors.

Alexe la regarde l’œil de coin.

  •  J’en doute ! 
  • C’est quoi l’uniforme qui fait craquer Dario ?
  • Un jour il m’a parlé d’une hôtesse sur le vol Saint-Pétersbourg- Fort Worth. Il disait qu’une bombe pareille mériterait qu’il ait vingt et un ans…Pourqu…non c’est hors de question ! (elle fronce les sourcils)

Sheryl n’en démord pas

  • Imagine juste une seconde : c’est son dernier bal avec toi et comme cadeau tu lui offre son fantasme. Après ça je peux t’assurer qu’aucune de ces petites européenne ne pourra lui faire tourner la tête et qu’il reviendra passer toutes ses vacances d’été avec toi ! 

Alexe sort du rayon un ensemble et le place sur sa poitrine.

  • Supposons un instant que je le fasse. Tu crois vraiment que ce costume serait idéal ?

Regardant le vêtement que lui tend son amie, son visage dessine un air déçu.

  • Tu as raison ! Plus aucune hôtesse ne s’habille avec ces laideurs ! Cherchons encore !

Alexe prend son petit air supérieur.

  • C’est bien ce que je pensais ! 

Les filles circulent dans le magasin, Alexe rentre dans une allée. Son amie l’interpelle.

  • Non pas ce rayon ! C’est celui des dieux et déesses. 

Avec un sourire satisfait Alexe réagit.

  • Mais c’est bien sûr !
  • Quoi ? 
  • Dario m’appelle sa déesse. C’est génial ! (elle est fière)
  • Moi je ne trouve pas. Il n’est vraiment pas original. (la jeune femme est blasée)
  • Mais non pas le surnom, le déguisement.

Sheryl s’arrête, pose ses mains sur les hanches et regarde son amie sérieusement. Elle lui sourit.

  • Bon ! Le bal a bien lieu au gymnase ? Et on parle bien du bal de l’automne ?

Alexe soupire, elle n’apprécie guère le ton ironique qu’use son amie.

  • Oui, oui. Ou veux-tu en venir ? 

Ce soupire la satisfait.

  • Il faudra traverser toute la cour et les déesses sont très peu vêtues pour autant qu’elles le soient ! 
  • Je n’avais pas réfléchi, effectivement il vaudrait mieux trouver autre chose, surtout si l’on doit attendre pour l’entrée. Bon et toi alors tu porteras quoi ? 
  • Je pensais que comme chaque année on trouverait quelque chose de pareil toutes les deux.
  • Oui évidemment ! Pardonne-moi j’accumule pas mal de fatigue ces derniers temps et mes idées sont un peu éparpillées. (elle s’en veut)

Elles fouinent le magasin chacune de leur côté. Au bout d’un quart d’heure, elles ont fait le tour de la boutique en vain.

Sur le chemin du retour Alexe a une idée. Madame Jeuniel était hôtesse de l’air en France neuf mois auparavant. Peut-être aurait-elle encore des uniformes qu’elles pourraient lui emprunter. Elles appellent leur ami et demande à parler à sa maman. La femme est enchantée par l’idée et accepte de leur mettre ses vêtements à disposition. Alexe dépose la petite brune chez elle et va ranger la voiture dans son garage officiel. Ensuite elle franchit la barrière et rentre chez elle.

 

Dans la famille Casey, personne ne se parle. Si la mère est là lorsque la fille rentre, elles n’échangent que des banalités et les réponses se résument à un oui ou un non. Madame aimerait que cela change mais quand elle expose cette idée, elle se heurte à un mur ou pire sa fille refusant le dialogue lui répond en français. Cette maman ne souhaite pas rentrer en conflit car elle n’ignore pas les raisons de ce mutisme. Quand Alexe avait six ans, elle avait vu sa mère frapper son père durant ses crises de colère. Elle avait finalement finit par le tromper et l’avait jeté à la porte de la villa qu’il avait dessiné. Ils avaient divorcé. Le salaire de cette dernière ne suffisant plus pour entretenir la maison à Diamonstreet, toute la famille dû quitter le nid familiale. Au début Alexe avait bien pris les choses mais à la puberté, elle le lui fit regretter. Le père quant à lui ne donna plus jamais signe de vie. Alexe fut très affectée et se réfugia dans les études. Elle sélectionna le français car de toutes les options que l’école proposait, ce cours était le moins plébiscité. De ce fait, peu de gens le comprenait et cela lui semblait être le plus approprié à sa personnalité. Cette langue lui convenait tellement qu’elle achetait la majorité de ses disques en français. Malgré tout, Madame Casey garde le contrôle sur sa fille. Elle applique une éducation stricte, des horaires limités, attend des résultats scolaires irréprochables et ne laisse aucune intimité à son adolescente. Dans le fond elle sait que sa progéniture vit sainement, mais elle ignore tout des relations sentimentales de sa petite poupée. Cette dernière lui assure qu’elle sort avec Sam, le voisin. En épiant leur comportement, elle ne se soucie rien. Elle imagine qu’Alexe restera naïve sur les jeux de l’amour encore pendant quelques années. Ils ne s’embrassent pratiquement jamais. Les seules fois où elle a admiré ce spectacle, sa fille savait qu’elle les espionnait et jouait la comédie pour nourrir son mensonge. Régulièrement son meilleur ami enrôle ce personnage pour rendre service à la jeune femme.

Il est 21h30. Dans la chambre orange, l’adolescente rêve de rejoindre l’élu de son cœur pour lui faire un cadeau unique. Elle hésite. Finalement elle tente une sortie. A peine a-t-elle ouvert la porte qu’une voix grogne.

  • Non ! Tu ne sortiras pas ce soir ! Tu as du boulot vu les notes que tu ramènes en histoire ! Maintenant tu bosses et demain on discutera d’une éventuelle excursion !
  • Je ne comprends pas, j’avais bossé tout le weekend ! C’est le prof, il ne me saque pas ! (elle se mord l’index)
  • C’est ça ! Bien sûr ! Encore un professeur qui en a après toi ! (elle expire en un spasme)

La lumière s’éteint dans la chambre du fond. Un air de chanson française vient balayer le silence. La demoiselle ouvre la fenêtre, fume une cigarette et s’allonge pour la nuit.

Blackmount, samedi 27 septembre 2003, 8h16. Une jolie fille se réveille au son de Roxette, dans un lit en fourrure. Elle bondit dans sa penderie, choisit un jean taille basse, un top avec un décolleté en dentelles rouge et noir, des sous-vêtements brodés accordés au petit haut et un par-dessus black. Comme accessoires elle sélectionne des bottes en similicuir nuit, un sac pink, une giclé de RALPH, une fine couche de far fuchsia, une touche de gloss pailleté et une pince avec laquelle elle regroupe ses cheveux en banane. Elle boit un café puis peaufine son apparence dans la glace de la salle de bain.

Pourvu qu’elle ne me voie pas ! pense-t-elle.

Discrètement elle se faufile à l’extérieur en laissant un mot à sa maman :

Je suis partie toute la journée avec Sam.

On va à Portland profiter de l’océan.

Comme c’est assez loin, on aimerait rester pour la nuit.

Mets-moi un message si tu es ok.

Autrement je rentre dans la nuit mais je ne sais pas à quelle heure.

Si tu es d’ac pour la nuit, je rentrerais en fin d’aprem, voire le soir.

Alexe

 

Au croisement de Silvercupstreet et de l’avenue Blueberry, une Audi attend que le feu passe au vert. Le conducteur appelle sa chérie en agitant les bras. La rebelle s’assied à la place du mort. La voiture démarre, avance cinquante mètres pour ensuite stationner sur le parking su terrain de foot. Les amoureux s’enlacent et se bécotent.

  • La nuit a été longue sans toi ma déesse ! 
  • Au moins tes parents étaient absents eux ! (elle pince ses lèvres)
  • Ce n’est pas grave de ne pas avoir passé cette nuit ensemble. On va se voir deux jours et s’endormir dans les bras l’un de l’autre sans qu’au réveil tu ne cours chez toi ! (son visage s’illumine)
  • Oui excuse-moi, tu as raison ! Alors c’est quoi le programme ?
  • C’est la fête foraine à Newcastle, je me disais que ce serait un bon moyen de décompresser après tous ces événements. Mais si tu proposes autre chose, je te suis. 

 Elle lui caresse la nuque et effleure ses cheveux.

  •  Non c’est parfait comme toujours ! Tu es super ! (son sourire colore son visage)

 

Une heure et quart après ils atteignent Newcastle. Main dans la main, les jeunes accèdent à la foire. La demoiselle propose de manger une pomme d’amour. Le blond offre ce petit en-cas. Ils la croquent en même temps et en profitent pour se smacker. Dario achète deux billets pour la grande roue. Il passe son bras par-dessus l’épaule de sa princesse. D’en-haut, la vue est époustouflante. On y voit tout le Comté de Clearwater. Sous le charme de ce décor paradisiaque, Alexe appuie sa tête contre celle de son petit ami. Le tour se termine. Ils flânent au milieu des manèges, il a toujours son bras par-dessus son épaule et elle a saisi sa main.

Amatrice de sensations fortes, la jeune fille suggère de grimper dans le grand huit. Son acolyte acquiesce. Ils suivent l’interminable file d’attente. Vu le monde l’attente est de quarante-cinq bonnes minutes pour accéder au guichet. A deux c’est bien plus facile de patienter. Entre deux embrassades, ils parlent d’études et d’avenir. Lui, aimerait étudier en faculté de médecine pour devenir chirurgien. Elle, hésite encore entre l’université de lettre ou de droit. L’adolescente lui raconte aussi les anecdotes de son cours de théâtre. Elle se lance dans une longue explication en agitant ses mains dans tous les sens comme si elle présentait un projet.

  • Ces gens sans aucun talent persistent à croire qu’ils sont doués. Si les parents arrêtaient de les surprotéger en leur disant que c’était très bien alors qu’ils étaient rouges de honte et affichaient un sourire figé quand leurs amis les saluaient à l’entracte. Ca éviterait de se reproduire l’année suivante. Mais non, ces abrutis continuent, ils s’abstiennent juste de venir assister à la représentation et trouvent des excuses minables pour que Freddy Junior ne se doute de rien. Oui parce que c’est de lui que je parle.  (elle regarde Dario et augmente le son de sa voix) Cet imbécile qui voudrait avoir le premier rôle alors que l’année dernière il lui a fallu cinq mois pour se souvenir de mon prénom. Non mais ! Je me demande comment il pourrait se souvenir de trente-sept pages de texte. On ne peut quand même pas monter sur scène avec le scripte. Il me saoule grave !... Ah il y a aussi Brittany. Elle est tellement timide que pour se présenter il nous a fallu toute une leçon, du coup j’ai proposé au prof de lui prêter un porte-voix. Il n’a pas trouvé ça drôle. Il a dit, je cite : « le théâtre est le meilleur remède pour vaincre la timidité ! Elle en a donc plus à apprendre que toi ! » Quel connard !( sa mâchoire se raidit) S’il veut je me casse. Ils feront un spectacle de mimes cette année…Les années précédentes, il y avait plus d’intéressés alors on devait passer des sélections. Ainsi seuls ceux qui avaient du potentiel montaient sur scène. On gardait les autres pour la fabrication des décors… (elle s’arrête sur chacun des mots) Cette année il n’y aura même pas de décor… 

Son chéri tourne la tête une poignée de secondes.

  • Pardon, je t’ennuie avec mes histoires mais c’est le dernier spectacle que je ferai au lycée et j’aimerais en garder un excellent souvenir mais ça commence mal ! (elle se calme)
  • T’en fais pas ! Ça ne fait que deux semaines. Certainement que d’autres se présenteront ! (sa voix est douce et réconfortante)
  • Ce qui me remonte le moral c’est que dans sept jours c’est le bal de l’automne et la fête chez Russel Boogie ! (ses yeux brillent comme ceux d’un enfant devant un paquet)
  • Le bal de l’automne ! C’est nul ce truc ! Tous ces gamins qui se déguisent ! Tu ne vas tout de même pas te ramener là-bas alors que je serai chez moi à t’attendre ? (le ton de sa voix est froid)
  • Bien sûr que si…mes amis y vont tous et ils comptent sur moi. (elle s’énerve) En plus avec ton départ, j’ai besoin de me vider la tête…(puis avec une voix plus sensuelle) C’est dommage j’avais prévu de te surprendre avec mon costume ! 
  • Elle sourit, fière de sa dernière parole qui fait vivement réagir son amoureux.
  • Ah oui ? C’est quoi ? 
  • Si tu tiens à le savoir, il faudra te déplacer… 

La jolie brune est coupée par l’appel du caissier. Les tourtereaux montent dans le manège.

C’est un grand huit explosif : des chutes vertigineuses, des 360 tête en bas, des vrilles, des montées interminables. La partie de plaisir ne dure que quelques minutes. Les acrobates descendent du wagon et se dirigent vers l’allée des forains. Une odeur de pop-corn et de chocolat chatouille le nez des piétons. Plus loin celle du cuir attire l’attention des deux amis.

Derrière un étal, un vieux monsieur frappe des lettres dans une fine lanière de peau. L’homme lève les yeux et aperçoit les jeunes gens. Il leur propose de réaliser des bracelets personnalisés. Dario est emballé par l’idée, il attrape le bloc-notes de l’artisan et y marque ce qu’il désire :

Alexe et Dario

7 mars 2003

Le tanneur réalise son œuvre. Il mesure les poignets, fixe une pression en guise de fermeture, grave le message. Dario prend soin de passer le bijou au bras de son aimée avant d’en faire de même avec le sien. Les clients s’éloignent et rentrent dans un fast-food. Avant de consommer leurs repas, le jeune homme pause sa paume sur la main de sa chérie, il ne l’enlève à aucun moment. Les yeux dans le regard de l’autre, ils dégustent leur burgers, parfois ils se nourrissent l’un l’autre d’une frite tout en souriant.

En sortant du restaurant, l’étudiant soutient sa chérie par la taille. Ils retrouvent la voiture de sport. Le gentleman ouvre la portière de sa passagère. Le conducteur tait la destination de son nouveau départ. L’esprit de sa princesse nous a quittés et flotte dans un nid douillet. Une demi-heure plus tard, la voiture s’arrête dans un petit bled. La jeune femme étant toujours endormie, il s’éclipse et rentre discrètement dans une petite cabane au bord de la route. Il demande une commande faite à son nom. Le vendeur disparaît derrière un rideau et revient avec un petit sac en papier brun. Le jeune homme tend quelques gros billets et récupère le sachet avant de saluer l’homme et sortir. Il reprend place dans son véhicule et démarre. La belle ne s’est pas réveillée. Tout à coupelle sursaute. Son téléphone vibre dans son sac. Elle le regarde. Elle a reçu un message de sa maman.

  • J’ai l’autorisation pour une nuit avec toi !
  • Alors rentrons ! Je sens qu’un orage se pointe !
  • Comme il est encore tôt, si on allait au cinoche ? 
  • J’ai mieux ! Mes parents sont absents, alors que dirais-tu d’un jacuzzi sous le toit ? (son sourire trahie son impatience)
  • En route pour ton idée ! Pour ce que l’on suit les films de toute façon ! (elle rit)

A 15h06, une Audi jaune entre dans le garage du 92 Diamonstreet. Les deux aventuriers grimpent au deuxième étage de la demeure. Le locataire ouvre une porte rosée. C’est le dressing de Madame Bischoff. Il propose à sa copine de choisir ce qu’il lui plait pour aller au SPA et d’utiliser la salle de bain se trouvant au fond de la pièce pour se changer. Il la laisse en lui précisant qu’il l’attend à l’étage et qu’il est impatient. La jeune femme trouve vite ses marques. Elle ouvre tous les tiroirs. Elle tombe sur un maillot de bain deux pièces rouge sexy et un peignoir en soie noire. Elle détache ses cheveux et les recoiffe du bout des doigts. Elle passe sa sélection de vêtements et rectifie son gloss. Une fois prête, elle monte rejoindre son hôte.

Alexe rentre dans la pièce et est fascinée par le toit tout en verre. Dario l’enlace, lui embrasse le cou et dénoue la tunique de soie la laissant glisser au sol. Il se retourne, attrape deux coupes de vin pétillant, en offre une à sa déesse, la regarde droit dans les yeux et trinque à une soirée magique. Le playboy plonge doucement dans le jacuzzi et y attire sa complice. Ils échangent un long baiser tout en prenant place assise dans l’eau frémissante. L’après-midi se transforme en caresses, baisers et champagne.

La nuit s’avance sur le Comté de Clearwater. Les tourtereaux s’en aperçoivent quand la chambre de verre s’assombrie. Pendant que l’adolescente se douche et se pomponne, son cher et tendre prépare le souper au rez. Il orne la table d’une magnifique vaisselle et de chandelles. Une fois ceci terminé, il remonte pour se faire beau. En sortant de sa chambre, le jeune homme rencontre sa dulcinée vêtant une minirobe pink, les cheveux lissés et chutant sur sa poitrine. Habillé d’un complet noir et d’une chemise turquoise, il lui serre la main et descend à ses côtés. Le prince conduit sa princesse dans la salle à manger.

C’est un endroit féérique, des miroirs au plafond, une cheminée en fonte, un sol en marbre, des dorures sur les murs. Au centre une table vitrée et des chaises recouvertes de velours neige pour huit, un lustre dégoulinant garni de seize ampoules. Mais ce soir la pièce est illuminée par les chandelles.

Le fils Bischoff sert un repas chinois dans la porcelaine. Il n’a pas cuisiné mais le geste touche la lycéenne. Pour la fin du repas il lui propose une salade de litchis surprise accompagnée d’un petit message :

Regarde sous le vase !

La demoiselle soulève le contenant et y découvre un écrin et un autre message :

Pour que malgré les frontières, le lien résiste !

Elle ouvre l’écrin et s’étonne d’y découvrir deux alliances. L’une en or blanc et l’autre en or rose dans lesquelles figure l’inscription

Mon amour à l’autre bout du monde

  • J’ai pensé qu’avec ces alliances, notre amour survivra à la distance entre les vacances. J’en ai parlé avec mes parents et je pourrai passer tous mes congés chez mes grands-parents à Seattle. Tu es heureuse ? 
  • Bien sûr ! Juste un peu surprise !...Moi aussi j’ai quelque chose pour toi. Retrouve-moi dans ta chambre dans deux trois minutes ! 

Quand le jeune homme franchit le seuil de la porte, il voit sa déesse allongée en sous-vêtements sur son drap. Des bougies parfumées éclairent et embaument la pièce. No Doubt enchante le nid d’amour. Il se dévêtit et la rejoint. Leurs corps s’enflamment au contact des lèvres de l’autre. Au moment où les choses s’accélèrent, le mâle s’arrête net.

  • Je ne pense pas qu’il faille continuer. Je ne suis pas prêt ! 
  • Embrasse-moi jusqu’à l’aube ! 

Leurs lèvres brûlantes se caressent jusqu’au premier rayon du soleil. Les bougient meurent. L’amant éteint la musique et s’endort.

Le clocher de Blackmount annonce 15h00. Alexe émerge, s’étire et appelle son chéri. Il arrive avec un plateau plein de bonnes choses sucrées ; des gaufres, des fruits, du café, du jus de goyave. Tous les deux dégustent ce repas avec les doigts de l’autre. Le plateau vidé, le gentleman renverse son amoureuse, passe les mains dans ses cheveux auburn et pose un baiser sur ses lèvres chaudes. Une sensation de sérénité remplie le cœur des amants.

Le charme se rompt lorsque le portable de la lycéenne joue sa mélodie. Elle sursaute, se glisse hors des bras de son amoureux et répond. C’est Sam, il arrive à l’entrée du village et ne tarde pas à venir la récupérer. Cette dernière raccroche, s’habille, réunit ses affaires et file à la salle de bain remettre de l’ordre à ses cheveux. Dario la suit.

  • Pourquoi tu t’affoles ? Tu m’as dit que tu serais là jusqu’à ce soir, non ?
  • Oui mais Sam rentre plus tôt que prévu ! Excuse-moi !
  • Quoi Sam ? Tu veux dire que toi et lui vous êtes… 
  • - Non, non, non ce n’est pas ce que tu penses…arg…je ne peux pas t’expliquer maintenant mais une fois que je t’aurai expliqué, tu riras ! (elle a un petit sourire crispé)
  • Je n’ai pas envie de rire ! Barre-toi ! (ses yeux s’assombrissent et sa voix est agressive) Tu m’écœures et j’en ai marre de tes balivernes ! 

Il lui claque la porte au nez.

Elle descend l’allée et rejoint son voisin au carrefour. La demoiselle grimpe dans le véhicule, bise le chauffeur mais ne dit mot.

  • Ouh ! Je sens qu’une douceur sera nécessaire avant de rejoindre le vaisseau mère. ! 

Jusqu’au 70’s club, il tente de la questionner, sans réponse. Une fois les glaces servies, sa langue se délie.

  • Il croit que l’on est ensemble ! (elle se mord l’intérieur de la joue droite)
  • Mais c’est absurde ! Où est-il allé pêcher ça ? (il ouvre de grands yeux)
  • Il a mal interprété un truc que j’ai dit. Après ton appel, j’ai réuni mes affaires et je me suis rhabillée sans lui donner d’explications… 
  • Tu t’es rhabillée ??? (son air étonné s’agrandi un peu plus)
  • Oui mais ce n’est pas le sujet ! (elle fronce les sourcils)

Il insiste sur un air amusé.

  • Oui mais si on abordait ce sujet ! 
  • Je peux continuer ? 
  • Oui mais je n’en reviens pas ! 

Alexe se vexe du comportement de son ami.

  • Laisse tomber ! Je ne veux plus en parler.
  • Excuse tu t’es rhabillée et ? (Il rit)
  • Donc…arrête de rire !...je recommence…je suis allée dans la salle de bain et il m’a suivie. Quand il m’a demandé ce qui se passait, je lui ai dit que tu étais rentré plus tôt que prévu et il en a conclu que l’on sortait ensemble. Je voulais m’expliquer mais il m’a foutu dehors ! (elle soupire)
  • C’est fou cette histoire ! On est amis depuis un bail et il n’y a toujours eu que de l’amitié entre nous, non ?
  • Oui mais je crois que ça vaut mieux qu’il croit le contraire plutôt que de lui expliquer notre petit manège avec ma mère. Qu’est-ce que tu en penses ? 
  • Je n’en pense rien, c’est ton histoire, pas la mienne ! (il penche la tête)
  • Alors je décide de garder notre petite mise en scène secrète car je ne tiens pas que le sergent Casey vienne à l’apprendre.

Elle reprend son calme et semble perdue.

  • Voilà lui et moi c’est terminé on dirait ! 

Son visage s’attriste. Sam comprend qu’il doit vit lui faire penser à autre chose.

  • Ok ! Alors raconte-moi cette histoire de rhabillage ! C’est arrivé quand ? Comment ?
  • Je préférerais rentrer si tu n’y vois pas d’inconvénient ! Et pour cette histoire, faudra attendre encore un peu !
  • Alors je te couvre pour que tu puisses fricoter mais je n’ai pas le droit de connaître les détails croustillants. Je trouve ça un peu rude ! 

Sam a réussi son petit manège, la jeune femme retrouve ses traits joyeux.

  • Oui mais tu sais il n’y a rien de si croustillant à savoir. Et tant que je serai la plus sexy en bikini ça sera moi qui décide dans notre binôme.
  • La nature m’en veut à ce point ? C’est trop injuste, je n’aurai jamais de poitrine sexy moi ! 

Ils quittent le restaurant en riant. Leur complicité impénétrable est magique.