Quand les secrets se dévoilent
Newcastle, dimanche 6 octobre 2003, résidence Franklin, 8h17. Dans la chambre 81, Steve Aldford sort de son sommeil. Il porte toujours son costume de Spiderman. Au sol, Teri et Gaël pioncent encore. Les yeux collés, le jeune homme file sous la douche. Comme les gouttes glissent sur son corps, le film de sa nuit défile dans sa tête. Il se souvient qu’il était venu pour Alexe et qu’il avait passé la soirée aux lèvres de cette inconnue qui savait parfaitement qui il était. Il commence à prendre conscience de ses erreurs et ne regrette pas d’ignorer l’identité de sa charnelle partenaire. Une fois lavé, il passe un peignoire et se sert d’une serviette pour désembuer la glace de la salle de bain puis s’étonne du gros suçon qui se révèle dans son cou.
Comme ses deux amis dorment encore, il vêt un jean et un sweet et s’enroule une écharpe autour du cou avant de descendre au Starbuck chercher des cafés. En rentrant il tombe sur Fay, sa meilleure amie, dans l’ascenseur. Il lui tend un gobelet. Ils rentrent dans la chambre. Il ôte son écharpe. La jeune femme ouvre de grands yeux et pousse de petits cris.
- Oh mon Dieu ! Mais qui est la passionnée qui t’a fait ça ?
- Je l’ignore ! il lui fait signe de baisser le son.
Elle approche sa main et presse violemment dessus.
- Aïe ! Mais tu es malade ! Ça fait extrêmement mal !
- Tu aurais dû y penser avant de te laisser aspirer par cette vampiresse ! elle sort un tube de son sac à main.
Gaël se réveille enfin. Fay lui demande s’ils sont rentrés tard. Le jeune homme regarde ses deux amis pour les interroger. Aucun ne semble avoir la réponse.
- Vous ignorez tous les trois quand vous êtes rentrés ? Ca devait être une sacrée fête ! C’était quoi en fait ?
Steve baisse passe sa main dans sa nuque avant de répondre d’une voix presque inaudible
- Le bal d’automne du lycée de Blackmount.
Fay manque de s’étouffer de rire.
- Je comprends pourquoi Steve y était, mais vous ?
- On faisait la première partie de la soirée avec la chérie de Monsieur ! il désigne Steve des yeux
- Et vous savez qui lui a fait ce joli cadeau ?
Teri fronce les yeux puis sourit :
- C’était Catwoman certainement !
Fay essaie tant bien que mal de comprendre les dires troubles des trois garçons. Il paraissait donc il y avoir deux filles. Alexe dont Steve n’arrêtait pas de parler depuis la rentrée et cette autre fille dont ils ignoraient tout, Catwoman.
- Je résume donc. Steve, tu es allé à cette soirée dans l’espoir de passé la soirée avec Alexe et tu rentres avec un suçon fait par une allumeuse, qui pourrait te faire perdre ton emploi dans ce lycée et donc briser tes rêves de FAC… Et pour couronner le tout de cette virée d’ados, l’un de vous a conduit bourré ! Vous me bluffé de votre stupidité !
Steve passe et repasse encore sa main dans sa nuque. Il angoisse.
- Dites-moi que je n’ai pas conduit les gars !
Gaël regarde Teri à qui il avait laissé ses clefs quand il avait commencé de boire.
- Elle n’a rien ma caisse au moins ?
- Ben non, elle n’a rien…enfin j’espère…elle est encore à Blackmount !
- Tu as pris la voiture de Steve pour rentrer et tu as laissé la mienne sur le parking ?
- Ah non ! Je n’ai pas conduit, je n’étais pas en état. C’est Catwoman qui nous a ramenés avec sa bagnole !
Tous les regards se fixent sur Gaël qui semble en savoir plus qu’il n’en a dit jusqu’alors. Ils le questionnent mais se rendent vite compte qu’il n’en sait pas plus au sujet de la jeune femme. Fay leur propose de les y emmener pour récupérer leurs véhicules. Avant de partir, elle ouvre le tube de crème qu’elle a toujours dans la main et en tartine sur le beau bleu dans le cou de son ami. Elle lui recommande d’en étaler plusieurs fois par jour et que d’ici 48h, il aura quasiment disparu. Après ses quelques conseils, les jeunes gens prennent la route en direction de Blackmount. A quelques kilomètres de la ville, la voiture ralentit. Il y a un Hummer jaune arrêté sur le côté de la route et six adolescents autour. Steve reconnaît l’un d’entre eux. Il ouvre sa fenêtre.
- Russel vous êtes en panne ?
- Oh Monsieur Aldford ! Non non, ne vous inquiétez pas. Où allez-vous ? On est dimanche !
- Nous retournons au lycée chercher nos voitures et leurs instruments. A mercredi !
Russel les regarde s’éloigner, perdu dans ses pensées.
Arrivés au gymnase, les musiciens emballent leurs instruments et les rangent dans leur véhicule. Aston regarde le petit coin où il a passé sa soirée. Il regrette de plus en plus que la demoiselle avec qui il a flirté n’ait pas été Alexe Casey. Il se souvient de ce jour de la rentrée quand elle est arrivée en retard au cours où il était remplaçant, une vraie athlète, un caractère de gagnante et d’une gentillesse hors-norme. Ce qu’il avait ressenti en la regardant danser. Il voyait chez elle ce petit truc en plus qui la différencie de celles qui croient valoir quelque chose alors qu’il n’en est rien. Cette simplicité trop rare chez les adolescentes d’aujourd’hui. Cette joie de vivre qui déteignait sur tous ceux qu’elle accostait. Et cette voix ! Une voix d’ange qui résonnait encore dans sa tête…oui cette voix, il y repense. Quelque chose le perturbe, il a un doute à propos de cette voix murmurante. Fay lui frappe l’épaule et le retire de son petit rêve.
- J’ai pris de gros risques en venant ici hier soir !
- Steve je t’avais dit de t’ôter cette lycéenne de la tête mais tu ne m’as pas écoutée.
Steve frappe son poing dans la porte. Teri arrive au même moment pour annoncer que leurs affaires sont chargées et qu’ils vont rentrer. Ils se saluent. Les musiciens partent déjà alors que les deux amis restent sur le parking pour discuter encore un peu de la stratégie à adopter si la Catwoman venait à chercher des ennuis au coach. Steve regarde passer Paris, Dario, Sheryl, Sam et Maël encore déguisés de la veille. Il embrasse son amie avant de rejoindre sa voiture et reprendre la route de Newcastle. De retour dans sa chambre, il s’installe à son bureau et révise ses cours. Il voudrait se concentrer mais le souvenir des caresses des lèvres de cette inconnue sur les siennes lui sautent à la gorge. Il se répugne d’y avoir pris du plaisir alors que son cœur pleurait la scène décrite par ses amis qui l’avait bouleversé peu de temps avant. Il laisse ses pensées tomber du crayon au papier puis s’allonge pour s’endormir.
Hotdown, dimanche 6 octobre 2003, chambre 543 de l’hôpital Redroses. 4h49. Dario au chevet de sa déesse chuchotte.
Je sais tout à propos de toi et de Sam. Je ne comprends pas pourquoi tu n’as jamais osé m’en parler. Mais au fond je m’en fiche. Tout ce qui m’importe en ce moment c’est que tu te réveilles et que l’on flâne une dernière fois avant mon départ pour l’Allemagne. Dans une semaine, ce sera les vacances d’octobre et le médecin dit que tes lésions ne sont pas très graves et que tu pourrais vite retrouver ta vitalité d’avant. Je t’ai donc acheté un billet pour venir me rejoindre en Europe. Je viendrai te chercher à l’aéroport et on découvrira Berlin main dans la main, ou une autre ville, je n’y connais rien à ce pays. (il sourit)On goûtera leurs spécialités culinaires et on se réveillera dans les bras l’un de l’autre. Je ne peux pas rester trop longtemps, je ne devrais même pas être ici. Je voudrais terminer avec ce pour quoi j’étais venu au bal.(il se clarifie la voix) Je t’aime Alexe.
Emily entre dans la chambre alors qu’il prononce ces mots. Elle ne peut s’empêcher de prendre une grande inspiration qui brise le silence. Dario se retourne gêné. Il voudrait s’exprimer mais sa voix lui fait défaut.
- Alors ce que Sam m’a dit est vrai !
- Madame Casey, j’ignorais toute cette histoire ! Je ne l’aurais jamais laissé faire autrement, croyez-moi !
- Sam m’a dit ça aussi. Je te crois Dario, je sais que tu as été un pion dans cette histoire toi aussi et cela ne me laisse pas indifférente.
Dario se lève, en passant près d’Emily, il lui serre la main.
- Je vais vous laisser seule avec votre fille.
Madame Casey lui presse fort la main et le retient.
- Non reste je t’en prie ! Je voudrais que tu me racontes un peu votre histoire.
Le jeune homme voudrait refuser mais elle a l’air perdue, l’accident, le coma, la vérité. Cette femme qu’Alexe décrivait si froide et méchante, cette femme qui doit se relever de tant de nouvelles. Il serait inhumain de ne pas accepter. Il la soutient sur son épaule et l’accompagne jusqu’à un siège près du lit. Il reste debout ne sachant que dire. Emily sèche une larme qui frôle sa joue.
- C’est vrai ce que je t’ai entendu dire à mon arrivée ?
Dario rougit.
- Madame Casey, cela fait six mois que nous sortons ensemble et je pars de l’autre côté de l’océan dans quelques jours. Je peux être mauvais mais je reste quelqu’un de bien. Oui je l’aime, autrement je ne lui aurais pas dit !
- Et est-ce que vous avez…tu sais… ?
Dario hésite à simplement répondre non mais cette femme ne peut l’éloigner plus de sa fille que son voyage ne le fera.
- Non, l’opportunité s’est présentée mais il y avait le problème de mon départ et il était préférable de ne pas mélanger les émotions.
- Oh ! Comment vous avez envisagé votre relation à distance ?
- Mes grands-parents habitent Houston et je compte leur rendre visite régulièrement pour retrouver Alexe dès que j’aurais quelques jours de vacances. Mais pour commencer j’ai un billet d’avion pour elle. Le vol est samedi 19 et si vous le lui permettez,(il la regarde) je voudrais qu’elle me rejoigne quelques jours…(sa voix tremble) si elle se réveille…
Emily se ressaisit, elle se rend compte que si elle-même ne peut gérer ce qui se passe, ses amis ne sauront le faire non plus.
- Elle sera éveillée et elle prendra ce vol ! Je dois partir en voyage d’affaire et après une hospitalisation, elle aura besoin de se changer les idées.
Dario est un peu perplexe. La maman propose d’aller chercher un café et continuer leur conversation calmement. Les voyant partir vers la cafétéria, Sheryl se faufile dans la chambre discrètement.
Ça me fait bizarre de te parler alors que tu ne peux pas me couper ou te moquer de ce que je raconte. Je devrais en profiter, te connaissant ça ne va pas durer longtemps. Dario et ta mère on l’air de merveilleusement s’entendre. Dommage que tu ne puisses assister à ce spectacle, cela te radoucirait à son propos…enfin peut-être pas, tu risquerais de tout gâcher. Je sais que tu lui en veux. Je ne peux pas comprendre ce que c’est de vivre sans son père à cause d’une amourette…Je me sens responsable de ton accident. Tu t’étais éloignée de Dario, je t’avais conseillé de laisser Sam vivre sa vie et comme j’étais aveuglée par Maël je n’ai pas pu t’empêcher de faire une connerie. Je sais que tu n’as ramené personne. Tu étais vêtue de noir. Tu ne le fais jamais sauf aux enterrements. Je te connais si bien, peu importe ta tenue, elle doit toujours comporter un élément de couleur. Je me pose des milliers de questions mais je pense que tu étais vêtue pour un enterrement, le tiens ! C’était un message. Tu conduis si bien et ne prends jamais le volant si tu penses qu’il y a le moindre risque. Tu ne savais plus où tu en étais ? (elle pleure) Tu étais seule, cela aussi ne te ressemble en rien. Jamais de nuit tu ne partirais sans demander à Sam ou moi de te tenir compagnie. Ce que je n’arrive pas à expliquer c’est pourquoi tu as pris la voiture de Russel alors que tu avais les clefs de la Clio dans ton sac.(elle regarde son amie avec ses yeux embués de larmes) Tout ce qui pourrait t’arriver c’est que ce coma se prolonge. Ton corps a bien encaissé le coup. Mais si tu ne t réveilles pas rapidement, tes chances peuvent diminuer et si tu ne te rév…non je ne peux même pas imaginer. Je serais obligée de quitter le lycée car ses murs emprisonnent trop de souvenirs avec toi. Que ferais-je sans toi ? Comment je serai collée pour bavardage autrement ?
Submergée par l’émotion, elle préfère quitter la chambre et s’enfermer dans les WC. Les infirmières ferment la portent et prodiguent des soins à leur patiente. Dans la salle d’attente, les amis de la blessée ne parlent plus. Maël tente de réconforter Sheryl qui est revenue des toilettes en la serrant contre lui. Paris lit une revue, seule sur un siège. Sam tourne le dos aux autres et tout en regardant par la fenêtre se rappelle de tous les moments passés à rire avec sa meilleure amie. Dario tourne un bracelet en cuir entre ses doigts. Dans le couloir, Russel fait les cent pas. Madame Casey discute avec un médecin de l’évolution de l’état de sa fille.
C’est maintenant Sam qui veut s’adresser à son amie endormie.
Tu te moquais souvent de moi quand je n’arrivais pas à me lever en m’appelant la Belle au Bois Dormant, j’aimerais rire de te voir allongée à attendre ton Prince Charmant mais sans toi, c’est comme si mon rire était enfermé dans ton cœur. (il prend une grande respiration) J’ai beau tout retourné dans ma tête, je ne comprends toujours pas ce qui a pu te prendre de vouloir ramener ce fameux gars dont parle Russel. Je n’y trouve aucune logique et c’est parce c’est toi. Avec Alexe Casey la logique n’a que faire. Tu n’as pas d’alcool dans le sang, tu t’es endormie au volant…mais c’est insensé ! (il se pince les lèvres) Peut-être que tu ne te réveilleras jamais, et certainement que tu ne m’entends pas. En dépit de tout ça je dois t’avouer quelque chose… (il s’éclaircit la voix) Je tiens à toi comme ma propre sœur. Je jure que si tu te réveilles, je ne t’abandonnerai jamais car je t’aime. Je rêve de t’embrasser depuis le premier jour où je t’ai aperçue dans le jardin d’à côté. A chaque fois que tu m’embrassais pour brouiller les pistes avec ta mère, j’espérais que tu te rendes compte que celui que tu voulais vraiment c’était moi. Je suis jaloux de Dario depuis qu’en le voyant tes yeux se sont habillés de cette étincelle qui les illumine. Je n’ai jamais voulu être juste que ton ami mais je le préférais à l’idée d’être éloigné de toi. Pardonne-moi de ne pas avoir trouvé un moment où tu étais lucide pour t’en parler. Je suis prêt à ravaler mes sentiments si tu m’assures que nous ne serons jamais rien de plus que des amis.
Il lui embrasse le front et retourne dans la salle d’attente avec les autres.
Hotdown, 6h04, Russel n’en peut plus d’attendre et propose d’aller en ville trouver une boulangerie pour prendre un petit-déjeuner en attendant des nouvelles des médecins. Paris ne se sentant pas à sa place auprès des autres, décide de l’y accompagner. Sheryl enfin calmée, s’endort sur les genoux de son cow-boy. Le fils Bischoff se drogue au café pour être d’attaque quand sa dulcinée ouvrira à nouveau les yeux. Sam observe par la vitre. Emily s’allonge auprès de sa fille.
Quand le soleil pointe le bout de ses rayons, les deux coursiers apparaissent les bras chargés de cafés et donuts. Emily apparait dans l’encadrement.
- L’accident a eu lieu il y a 5 heures et vous êtes tous là depuis au moins 4 heures. Alexe ignore la chance qu’elle a d’avoir des amis comme vous, tous autant que vous êtes, aussi différents soient vos relations avec elle. Je sais que ma fille a du caractère que ce n’est pas évident tous les jours, mais vous voir ici prouve que derrière cette ado caractérielle se cache une amie qui compte.
Les adolescents ont tous les yeux rivés sur elle, ils voient son corps passé de cette femme droite forte et sûre d’elle, à cette pauvre mère anxieuse.
- J’espère qu’elle aura la chance de vivre assez longtemps pour s’en rendre compte.
Une larme roule sur sa joue, elle la laisse s’étouffer dans son foulard bleu ciel. Sheryl rompt le silence :
- Votre fille a un moral d’acier, elle recommencera très bientôt à tous nous remettre à ses ordres. Il lui faut bien plus qu’une voiture et un arbre pour la détruire !
Voyant que ces paroles ne suffisent pas à réconforter madame Casey, Sam, en qui elle a toujours eu confiance ajoute :
- Alexe est un rock, elle a juste besoin de repos. Elle a eu cet accident car son corps n’avait plus la force de la porter à cause d’un manque de sommeil. Elle ne dort que depuis 5 heures vous l’avez dit tout à l’heure !
Emily rebombe le torse et rejoint les amis de sa fille pour un petit-déjeuner improvisé. A 8h31, une infirmière appelle Madame Casey et l’invite à rejoindre le médecin dans son bureau. Il veut lui annoncer le verdict définitif des professionnels après avoir fait tous les tests nécessaires à la demoiselle dans le coma.
- Madame Casey, j’ai de très mauvaises nouvelles à vous annoncer et je me dois de vous présenter toutes les possibilités.
Emily le regarde fixement, elle ne réagit pas, elle attend la suite. Elle se tortille les doigts et gère tant bien que mal sa respiration pour ne pas craquer. Le médecin en chef continue.
- Le premier examen paraissait bon mais allez savoir pourquoi un des médecins a voulu l’approfondir après avoir parlé avec les ambulanciers qui l’ont sortie de la voiture. Nous avons alors repris tous les examens les uns après les autres et il est vrai que le choc tel qu’il était ne devait pas garder votre fille sans connaissance aussi longtemps. Comme je vous l’ai dit nous avons dû la plonger dans un coma artificiel pour éviter que la douleur trop forte n’interagisse dans nos examens. Cependant lors des contrôles au niveau des jambes, nous pensons qu’il y a un risque qu’elle perdent en partie l’usage de ses jambes.
Emily craque et fond en larmes.
- Excusez-moi, je me suis mal exprimé. Elle marchera et elle pourra se tenir debout. Nous vous l’assurons. Malheureusement nous devons vous dire qu’elle ne pourra plus pratiquer de sport. Elle ne pourra plus faire de longues marches. Se jambes ne pourront uniquement supporter son poids sur une courte période. Mais elle retrouvera pratiquement sa vie d’avant. Enfin, le sport en moins cela dit !
Emily prend appui sur la table, se redresse et fait face au chef de service. Ses yeux sont pleins de colère et de désarroi.
- Vous pensez franchement qu’elle aura une vie normale ? Le sport c’est toute sa vie ! La première chose qu’elle fait le matin c’est un footing d’une heure, elle passe des heures à répéter des chorégraphies. Elle fait partie d’un club d’athlétisme et elle aime par-dessus tout, l’escalade.
Un ange passe…
- Vous avez déjà fait de l’escalade docteur ?
- Non, je ne suis pas très sport en plein air !
- Ça ne m’étonne pas de vous ! Et bien apprenez que contrairement à ce que l’on croit, en grimpe, ce ne sont pas les bras qui sont mis à contribution mais les jambes. Je vous laisserai dire à ma fille que le seul sport qu’elle pourra pratiquer s’achètera en pochette de jeux vidéo !
Elle s’apprête à sortir puis se retourne pour le regarder une dernière fois.
- Vous avez encore d’autres mauvaises nouvelles à m’annoncer avant que je m’en aille ?
- Non j’en ai une bonne au contraire. Je vous avais parlé de son taux de progestérone très élevé. Nos tests ont révélé que ce n’est pas une grossesse.
- A choisir j’aurais préféré.
Elle quitte le bureau et rejoint la salle d’attente. En passant devant la chambre 543, elle voit Dario la tête appuyée contre la main de sa fille, les yeux pleins d’espoir. Hésitante, elle décide finalement de laisser le jeune couple seul. Quand elle entre dans la pièce où se trouvent les adolescents, tous espèrent de bonnes nouvelles. Elle leur explique ce que le médecin vient de lui dire. Ils sont tous sous le choc et savent qu’Alexe aura besoin de soutient car cette nouvelle est la pire que l’on pourrait lui apprendre. Les médecins ignorent quand la jeune femme se réveillera mais cela ne devrait pas dépasser la fin de la semaine. Russel propose d’aider madame Casey en informant le directeur du lycée de l’état d’Alexe et aussi de réunir ses devoirs pour que tout soit en ordre à son retour en cours. Emily sourit de cette objectivité même si elle doute que sa fille retournera en cours dans les prochains mois. Sam laisse entendre que si elle a besoin de quoi que ce soit, elle peut compter sur lui et l’appeler. Toutes les attentions de ces jeunes gens à son égard et à celui de sa progéniture, la touche énormément. Elle leur propose de rentrer chez eux et qu’elle les appelle quand l’état de sa fille aura évolué. Elle rentre.
Russel réuni tous ses passagers au moment où il s’aperçoit que Dario n’était pas présent lorsque la mère d’Alexe a annoncé cette bouleversante nouvelle. Après une discussion tous ensemble, ils décident que c’est Russel qui aura la lourde tâche de le lui annoncer. Il entre dans la chambre et va s’asseoir en face de son ami. Il chuchote.
- Emily nous a donné des nouvelles, mais je dois t’avertir qu’elles sont loin de ce à quoi on s’attendait.
- Et bien dis-moi tout !
- Dario…je…euh…pff…Alexe devra arrêter tous les sports qu’elle doit pratiquer debout car ses jambes ont étés touchées lors de l’accident et je n’ai pas bien compris mais elle serait plus faible à ce niveau là !
- Non ! Je ne les laisserai pas faire ! (il chuchote toujours) Je ne peux pas la laisser comme ça. Sans le sport c’est comme si on lui donnait un gros coup de couteau et qu’on lui disait de ne pas saigner.
- Je sais tout ça Dario mais les faits sont là. Maintenant nous aimerions rentrer.
Les lycéens se dirigent vers le parking. Ils prennent place dans le Hummer jaune. Le conducteur allume la radio. Avril Lavigne emplie la voiture de sa voix. A la hauteur du lieu de l’accident, Russel se gare. Les étudiants descendent tous et en regardant la route puis l’arbre, essaient de comprendre et de visionner ce qui s’est produit durant la nuit. Dario vocifère des menaces à l’encontre de l’inconnu qui selon lui est responsable de cet accident. Sheryl se glace d’effroi en imaginant la trajectoire et son terme. Une voiture rouge ralentit. Le fils Boogie s’approche. Dans le véhicule, une jeune femme conduit trois garçons d’une vingtaine d’années. L’un d’eux reconnait Russel, un grand brun, musclé, portant une écharpe.
- Russel vous êtes en panne ?
- Oh Monsieur Aldford ! Non non, ne vous inquiétez pas. Où allez-vous ? On est dimanche !
- Nous retournons au lycée chercher nos voitures et leurs instruments. A mercredi !
La petite auto s’éloigne sous le regard persistant du jeune homme. Maël demande qui c’était et Russel répond que ce n’était rien que des gens qui s’inquiétaient de savoir s’ils étaient en panne. Le jeune homme reprend sa place derrière le volant. Il a l’air tourmenté. Quand il se ressaisit, il rappelle ses copains en prétextant avoir besoin de se coucher. Paris, Sheryl, Maël et Sam regagne rapidement la voiture. Dario fait une crise et ne veut pas rentrer sans Alexe. Russel n’est pas d’humeur, il démarre. Le blondinet reprend ses esprits et cours vers le véhicule. Au croisement de sa rue et de celle du lycée, le fils Boogie débarque ses passagers, fait mine de rentrer mais tourne avant sa demeure pour reprendre la route de Hotdown. Il retourne à l’hôpital.
Dans le hall, il aperçoit Emily et le chef de service en grande discussion. Il se faufile discrètement dans la chambre 543. Alexe est toujours endormie profondément. Il tire une chaise près du lit et y prend place. Tout en tenant la main de la jeune femme, il la regarde, comme si elle avait les yeux ouverts et l’écoutait.
Salut Alexe ! C’est Russel, tu sais celui qui t’attendait, celui à qui tu as éclaté la voiture. (il rit) En une nuit, j’en ai appris des choses à ton sujet.Ca fait bizarre quand on sait que hier je connaissais à peine ton prénom et quelques anecdotes, des bruits de couloirs. Mais me voilà, ici dans ta chambre d’hôpital. Avec une révélation que beaucoup aimeraient détenir à cet instant. (il se penche à son oreille puis murmure) je sais d’où tu rentrais quand ma voiture a percuté cet arbre. Je connais ton dernier secret. L’identité de celui avec qui tu as passé la soirée. Celui qui t’a poussé à prendre le volant de nuit, seule, pour aller à Newcastle. Je comprends mieux pourquoi tu as agi en toute discrétion. Je pense que Steve Aldford ne te mérite pas.(il a l’impression que la main d’Alexe se resserre sur la sienne et baisse les yeux sur celles-ci)…Ca me rend dingue de penser qu’il a pu te laisser rentrer seule, il aurait pu t’héberger pour la nuit après la soirée que vous avez passé ensemble. Il n’a donc aucune estime de toi ! (sa voix qui était si douce se durcit sur ces mots) Ce qui m’écœure c’est que tu devais avoir de réels sentiments alors que lui contrairement n’agissait que sous l’emprise de l’alcool. Il t’a déjà certainement déjà oubliée ou va savoir, remplacée. Il était en compagnie d’une fille ce matin, avec un peu de chance c’est sa petite amie qu’il a trompée avec toi.(sa voix s’enroue, il appuie sa tête contre sa main) Mais toi, tu ne pourras jamais oublier cette tragique nuit. Nous savons tous les deux que si cette histoire vient à se savoir, Steve perdra sa place et ni toi ni moi ne désirons que ça aille si loin. Je te fais la promesse de garder ton secret Alexe Casey. J’espère que tu te réveilleras vite, il y a des questions auxquelles j’aimerais plus de détails.
Russel sort de la chambre comme il y est entré. Dans le couloir il croise Emily qui l’interpelle. Il fait un signe rapide à la mère de son amie et sort du centre médical. Madame Casey va rejoindre sa fille dans sa chambre. Elle a les yeux fermés et un petit sourire. Sa maman se réjouit de la voir heureuse.
- Alors que te voulait Russel ? Il doit être content de savoir que tu t’es réveillée ! Il était pressé de partir, je pense qu’il voulait en informer tout le monde.
Alexe ouvre les yeux et inspire profondément.
- Il ne voulait rien de particulier, il avait besoin de dire ce qu’il avait sur le cœur. Et il ignore que je me suis réveillée car je me suis un peu jouée de lui.
- Alexe ! Ce n’est pas drôle de jouer avec l’inquiétude de tes amis.
- Maman, tu sais…il ignorait mon état, je ne lui ai pas rajouté d’inquiétude…et si je ne l’avais pas fait, j’aurais sûrement ignoré ce qu’il m’a confié. Moi je trouve ça amusant !
- Alexe, je sais que c’est ennuyeux d’être dans cette chambre alors que tu référerais courir ou faire tout autre chose avec tes amis mais de là à faire ce genre de choses… je trouve ça…cynique !
Alexe soupire et secoue la tête. Elle n’insiste pas de peur que sa mère se doute de ce que Russel aurait pu lui dire. Elle ne parle plus et observe sa mère. Elle a le regard vide et ses pensées semblent sombres. La jeune femme sent qu’il y a un détail sur son état qu’elle ignore, mais quoi ? Elle pourrait le lui demander mais vu sa tête, elle hésite à vouloir le découvrir. Les pires pensées lui traversent l’esprit. Elle vérifie chacune de ses hypothèses. Elle sent tous ses membres et peut les faire bouger, cela la rassure pleinement. Elle tente de se souvenir de moments éloignés dans le passé et tout lui revient. Elle se souvient des noms et des visages de chaque élève de sa classe. Elle se remémore sa soirée de la veille, le concert, Spiderman et leurs baisers, la discussion avec Russel chez lui, le cocktail, la route jusqu’à Newcastle. Elle s’arrête là, c’est bon sa mémoire n’a subi aucun dommage. Elle peut parler, sa vue n’a pas changé, elle respire normalement. Alors elle ne voit vraiment pas pourquoi sa mère semble si perdue. Elle doit lever le voile sur ce mystère.
- Maman que se passe-t-il ?
Emily retombe sur terre.
- De quoi Alexe. Tout va bien ! Je pensais simplement à… (elle réfléchit) à tout ce que tes amis m’ont raconté cette nuit.
- Et tu voudrais m’en parler ?
- Alexe ! Cette fille, celle dont ils me parlaient, ce n’est pas ma fille !
L’adolescente mordille son piercing, fait craquer chacun de ses doigts en pressant avec son pouce. Elle ne sait pas ce qu’elle sait et ce qu’elle ignore encore. Elle doit le découvrir mais ne pas trop en dire.
- Pose-moi tes questions et je répondrai volontiers. (elle se mord l’index)
- Je te considérais comme une fille sage aux allures de rebelle mais en fait ut es une jeune femme autonome et sûre de toi. Je suis souvent absente mais malgré ta liberté tu te considères comme une prisonnière. Tu mènes une double vie. Je veux que tu me dises pourquoi tu m’as caché ta relation avec Dario.
En quelques phrases, sa mère vient de la mettre à nu. Elle ne pensait pas que ses amis l’auraient vendue à ce point. Mais elle ne les blâme pas, pendant un moment ils pensaient qu’elle y resterait certainement. Elle a 18 ans après tout et il faut qu’elle devienne responsable. Il est temps de faire tomber le masque.
- Maman, je ne voulais simplement pas que tu le saches et je trouvais amusant de te laisser dans l’ignorance. C’était une façon de te punir.
Emily n’en revient pas de ce que sa fille vient de dire.
- De me punir ? Alexe pour qui te prends-tu ? Tu voudrais me punir d’être stricte et d’espérer un bon avenir pour toi ? D’avoir des règles à la maison ?
- Non simplement te punir de m’avoir fait perdre mon père pour une histoire de fesse qui n’a duré que quelques mois. (ses yeux son emplis de colères mais sa voix reste basse) Avoir détruit une famille, avoir détruit ma vie. A cause de toi j’ai dû changer d’amis. Changer de repères, de quartier. Jamais je ne te le pardonnerai. Si je n’avais pas le sport pour me faire me sentir vivante, je ne serais plus ici !
Emily pâlit à la violence des mots qui lui sont adressés mais aussi car Alexe vient de confirmer ses craintes. Quand elle apprendra que le sport n’est plus une option, il ne lui restera plus rien à quoi s’attacher. Elle devrait le lui dire, elle a pu empêcher le médecin de lui annoncer tout de suite mais elle n’est pas la seule au courant. Une fuite peut arriver à tout moment. Elle doit trouver un moyen de repousser cet instant. Son téléphone retentit comme pour la sauver de ce qu’elle s’apprêtait à dire. Elle sort de la chambre pour répondre. Alexe la suit du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans les couloirs. Quand elle revient, sa fille ne la regarde même plus.
- Alexe ! Alexe ! Tourne-toi s’il te plait ! Je comprends ce que tu as dit. Je savais que le divorce t’avait affecté mais je ne pensais pas que cela aurait encore autant d’impact maintenant, ça fait déjà 10 ans. Tu vas trouver une nouvelle raison de m’en vouloir, car je dois partir à Washington pour débaucher un client. Mon vol est ce soir…Je sais que tu m’as entendu et je conçois que tu ne veuilles pas me répondre…Tu m’en veux de tout ce qui s’est passé mais où il était ton père ces dix dernières années ? Hein ? Qui n’a plus donné de ses nouvelles ? Qui a même disparu de la région sans laisser d’adresse ? Je suis responsable du divorce mais pas de son abandon ! Je dois m’en aller ! Je suis désolée
Elle se retient de pleurer et caresse l’épaule de sa fille avant de quitter définitivement la chambre. Alexe n’est pas affectée. Avec le temps, son cœur s’est endurci et les larmes restent au profond de son corps.
A Blackmount, Dario termine ses bagages, songeur. Madame Bischoff qui l’observe depuis un moment l’interrompt
- Au début, moi aussi je n’étais pas enthousiasmée par ce changement. Après réflexion, j’ai changé d’avis. Comme vous devrez terminer cette année scolaire par correspondance, nous pourrons visiter l’Espagne, la France, l’Italie, la Suisse et l’Autriche. Nous irons même en Angleterre si vous le souhaitez. (ses yeux pétillent aux pensés de ces paysages) En plus, ton père n’aura plus autant à voyager et nous redeviendrons une vraie famille.
Dario bougonne toujours. Il pose un genou sur sa valise et en fait le tour avec la fermeture.
- Je m’en fiche pas mal de l’Europe. Ma vie est ici avec celle qui détient mon cœur. Alexe va devoir affronter sa plus grande crainte et je dois partir à des kilomètres d’elle. (une larme effleure sa joue) La vie est injuste !
Sa mère ne dit mot et se retire. Une fois toutes ses affaires prêtes pour le grand départ, Dario prend son bolide et va une dernière fois voir celle qu’il aime plus que tout.
Il frappe à la porte, personne ne répond. Il entre. Alexe est allongée les yeux clos. Il ignore qu’elle a repris connaissance. Il s’étend à côté d’elle et passe son bras par-dessus son ventre.
Ma déesse, je ne sais pas ce qui a pu accélérer les choses, mais le départ est avancé, c’est cette nuit. (sa voix est nostalgique) J’ai vu tous ces hommes effacer ma vie dans notre villa en transportant les cartons et les meubles. Je me suis même énervé avec l’un d’eux qui voulait charger la boîte où je gardais ce qui me faisait penser à toi. J’ai concentré toute ma haine contre mes parents. Une belle erreur. Je m’en voulais à moi-même de ne pas savoir te montrer à quel point tu comptes pour moi. Si je n’avais pas été si idiot, tu serais avec moi et éveillée. Je t’aime mais je n’ai pas su te protéger.(il caresse sa joue puis referme son poing) Le pire dans cette histoire c’est que je suis jaloux. Jaloux de celui pour qui tu as risqué ta vie. Celui qui j’espère ne rendra jamais ma place. Cette place que tu m’as offerte dans ton cœur…Ce silence entre nous me pèse. C’est stupide ce que je vais te dire mais tes interminables monologues me manquent cruellement !
Il l’enlace et relève la tête pour admirer son visage. Une larme y sillonne. Il recule et cherche à appeler un médecin. Il trouve enfin le bouton, il le presse. Une infirmière ne tarde pas à venir. Elle s’avance vers Alexe mais le jeune homme l’interrompt
- Elle a une larme qui a coulé ! Elle va se réveiller !
La demoiselle en rose ne peut se retenir et laisse s’échapper un petit rire.
- Excusez-moi mais mademoiselle Casey est sortie du coma il y a déjà plusieurs heures. Vous le sauriez si vous vous étiez annoncé à l’accueil comme il se doit !
Dario se sent bête tout à coup. Il regarde l’infirmière retourner à ses occupations et finit par tourner la tête vers sa petite amie. Elle est en train de le regarder avec un large sourire qu’elle efface bien vite quand le regard de Dario devient presque noir.
- Tu t’es jouée de moi ! Je te déclare mes sentiments les plus profonds et tu ne daignes pas me réconforter. Pire tu allais me laisser partir soucieux de ton état.
- Oh mais Dario ! Je m’ennuie, je voulais juste m’amuser un peu.
Le jeune homme baisse les yeux, il rationnalise. Après tout, ce n’était pas bien méchant. Vexant, provocateur mais pas méchant. Soudain il se rappelle que sa vie ne sera plus la même, qu’elle devra trouver un autre passe-temps que le sport. Il se dit que sa journée a dû être dure d’apprendre cette nouvelle. Il se radoucit.
- Comment te sens-tu ?
- Comme quelqu’un que tout le monde regarde comme une handicapée. Mais surtout je n’en plus de devoir rester alitée avec cette perfusion.
- Oui ce n’est pas évident mais si tu avisais Sheryl que tu es réveillée, elle viendrait te tenir compagnie. En attendant moi je suis là…du moins encore là.
Il lui prend la main mais elle la lui retire.
- Nous deux c’est terminé ! Après ce que je viens de subir, avec tout ce qui m’attend dans les semaines à venir, je ne veux pas m’attacher à nouveau à toi.
Il essaie de la retenir. Il voudrait lui peindre un beau tableau de ce qu’ils pourraient encore découvrir ensemble, Berlin, mais il se rend compte que cela aussi tombe à l’eau. Cet accident a tout bouleversé. Il songe aux problèmes que pourraient comporter son voyage en avion. Il prend conscience qu’il ne sait pas comment réagir à ce problème médical et qu’il devrait s’informer pour l’aider au mieux. Seulement le temps lui est compté. Il doit partir et chercher un moyen de faire une dernière chose en guise de preuve d’amour. Il se lève brusquement sous le regard surpris d’Alexe.
- Où vas-tu ? Tu me laisses seule ici parce que nous avons rompu ?
- Non Alexe. Tu ne veux plus de moi comme amoureux, certes mais je reste ton ami et il en faudra bien plus pour me faire fuir !
- Plus de quoi ?
- Ne cherche pas ! Je reviens vite. En attendant tu devrais informer Sheryl et Sam que tu es revenue dans le monde des vivants, lui dit-il d’un ton préventif.
Alexe, seule dans sa chambre est fière de sa supercherie. Elle est consciente que l’inquiétude des gens les amène à s’ouvrir pour autant que le doute sur le fait que l’on les entende subsiste. Elle hésite puis décide de ne pas prévenir ses amis afin de pouvoir encore les manipuler un peu en quelques sortes.
Emilicetree, 21h02, Sam, Sheryl et Russel se retrouvent. Depuis l’appelle de la police dans la nuit, les deux amis se sont rapprochés de Russel. Ils se soutiennent dans l’attente de meilleures nouvelles. Ce soir c’est dans le parc où Alexe aimait venir à la tombée de la nuit pour courir et faire le point, qu’ils ont décidé de se réunir. Sheryl raconte qu’elle a tenté de trouver le sommeil toute la journée mais en vain. Sam quant a lui a très bien dormi et s’en sent coupable. Les deux autres jeunes le rassurent en lui expliquant qu’il sera plus utile s’il est reposé que sur les nerfs. Russel lui a supervisé le rangement de sa maison et la remise en place de tout ce qu’il avait enfermé au grenier pour l’organisation de la fête.
- Que dois-je faire de ceci ? (il tend le sac d’Alexe qui était resté chez lui)
Sam regarde ses amis et pince sa lèvre entre deux de ses doigts.
- Etes-vous retournés à l’hôpital depuis ce matin ?
- J’étais trop occupé à remettre la maison de mes parents dans un état correct !
Sheryl ne répond pas. Sam se secoue dans tous les sens.
- Russel tu es venu avec ta voiture ?
- Oui ! Tu voudrais que l’on aille lui rapporter ça et voir son évolution ?
Le jeune homme s’apprête à répondre quand Dario surgit de nulle part. Il demande à parler seul à seul avec Russel. Ils contournent la fontaine et prennent place sur un banc. Dario explique à son ami qu’il a fait des recherches sur internet et qu’il a trouvé un centre de rééducation pour grands sportifs avec un programme expérimental. Il pense que c’est exactement ce dont Alexe a besoin pour retrouver toutes ses possibilités. Le fils Boogie ne comprend pas vraiment où son pote veut en venir. C’est alors que le blondinet lui explique que les dossiers ne sont acceptés que s’ils sont sponsorisés par une entreprise médicale majeure ou un médecin reconnu dans son état. Le père de Russel étant un psychologue reconnu depuis la publication de son livre, il a besoin de son aide. Russel prend sa tête entre les mains.
- Dario, je voudrais t’aider, vraiment, mais ça e va pas être possible.
- Pourquoi ? C’est génial pour ton père !
- Mon père a déjà rencontré le chef de ce projet et l’a rejeté. Ils ne veulent révéler aucune de leurs techniques de soin et mon père trouve ça louche. Il ne veut pas tremper là-dedans !
- Mais c’est normal qu’ils gardent leurs techniques secrètes. (il lui saisit les poignets et le regarde droit dans les yeux) Russel, c’est sa seule chance de pouvoir encore être Alexe Casey, celle que nous avons connu.
- Dario, il faudra trouver un autre moyen. Comme je te l’ai dit mon père ne veut rien en savoir. Il y a quoi comme autre solution ?
- Etre un sportif reconnu au moins nationalement dans sa discipline, ou envoyer son dossier et espérer être sélectionné.
Russel prend le temps de réfléchir. Alexe est un cas intéressant selon lui, mais ce genre de thérapie expérimentale reçoit tellement de dossiers. Soudain il entrevoit une perspective intéressante pour son père. Un manège ne l’engageant pas tout à fait et dont il pourrait tirer profit si cet établissement tient la route.
- On pourrait proposer Alexe en dossier non sponsorisé mais se servir de la réputation de mon père pour tenter de le faire passer en première ligne.
- - Je ne te suis plus là !
- Je pensais à rentrer en contact avec eux par téléphone, présenter le cas d’Alexe et proposer que si le résultat est satisfaisant selon nos critères, qui resteront secrets jusqu’à la fin du programme, le Dr. Boogie leur accorderait toute sa confiance et signerait leur projet.
- Tu es fou ! Si ton père vient à le découvrir, on est dans la merde.
- Mon père a le sens des affaires. Il ne s’engagerait pas vraiment. Et quand on saura leurs méthodes, il sera libre de signer ou non vu que nos conditions seront secrètes.
- Ils ne sont pas stupides, ils n’accepteront jamais.
- Ça ne coûte rien d’essayer.
Dario reste dubitatif mais il ne trouve pas mieux à proposer. Les deux garçons rejoignent leurs deux amis. Ils leur exposent leur petite manœuvre. Sheryl n’y comprend rien et Sam cherche à les ramener sur terre mais ils sont si enthousiastes. Dario profite de les avoir tous au même endroit pour leur annoncer qu’Alexe s’est réveillée et s’amuse à faire la comateuse. Pour la punir de se jouer d’eux, ils décident de la laisser seule le soir même et de tous couper leurs portables. Cela peut paraître cruel mais Alexe aurait sûrement proposé ce plan si ce n’était pas elle la victime. Le quatuor va prendre une coupe glacée au 70’s Club. Lilou Albiene est présente. Voyant que sa rivale n’est pas là, elle ne peut s’empêcher de se montrer.
- Alors on sort un dimanche soir…et sans la petite chef prétentieuse…elle a rallongé la laisse ? (elle pouffe)
Sheryl se lève de manière à âtre face à elle. La petite ne craint pas cette peste et c’est bien la première fois qu’elle s’adresserait à elle mais Russel intervient avec une voix moqueuse et un ton assuré.
- Oh ma pauvre chérie, tes parents ont dû omettre de t’éduquer. Comme quoi l’argent n’achète pas tout ! Quel est ton problème ?
- Russel ? (elle recule d’un pas)
- Oui Lilou, apparemment tu n’as pas encore besoin de lunettes, c’est plutôt une bonne nouvelle !
- Oh tu fais le méchant mais je sais que tu ne mords pas, viens à ma table plutôt que de rester avec…ces nuls ! (elle lui fait un clin d’œil)
- Tu devrais consulter ma petite, je ne vois pas de nuls ici…enfin à part toi, personne. Je suis bien ici. (il passe son bras au-dessus de l’épaule de Sheryl)
Lilou regarde ce spectacle d’un air mi-dégoûté, mi-horrifié. Son joli visage se déforme et toute sa laideur intérieure se laisse apparaître.
- Ne me dis pas que tu sors avec cette…petite chose démodée. Cette petite pauvrette !
- J’adore ton vocabulaire très variée ma chère ! Et si je sortais avec cette petite femme du prénom de Sheryl, je ne vois pas en quoi cela te concernerait … tes amis supérieurs ont l’air de s’impatienter, tu devrais les rejoindre !
Elle regarde tout autour d’elle afin de vérifier que tous les regards sont bien braqués sur elle. Elle ne compte pas se laisser rabaisser si froidement sans rétorquer. Elle fixe le blondinet qui est en train d’écrire une longue lettre.
- D’abord Dario qui sort avec cette petite pute, cette trainée d’Alexe Casey…
Dario lâche son crayon, se lève d’un bond et la gifle sans qu’elle ne voie venir.
- Ne t’avise plus jamais de parler d’Alexe de cette façon !
- Oh mais Dario ne sois pas idiot ! Hier soir je l’ai vue embrassé un autre mec que toi et ça n’avait pas l’air de la déranger le moins du monde que tu partes.
Russel essaie de l’interrompre quand elle s’en prend à lui.
- Tu es mal placé pour la juger. Je sais que tu n’es pas insensible à la petite allumeuse. Ce n’est pas très loyal envers ton ami Dario en tout cas. Le pauvre il ignore que tu n’as qu’une hâte, qu’il parte pour te laisser le champ libre. Je ne sais vraiment pas ce que vous pouvez bien lui trouver !
- Certainement plus de jugeote que toi !
Sans dire mot, la peste rejoint ses admirateurs qui s’impatientaient. Les quatre ados consomment leurs crèmes glacés puis rentrent chacun chez eux.
Lycée de Blackmount, lundi 7 octobre, un jeune noiraud aux yeux verts frappe à la porte du bureau de Monsieur Inécier. Le directeur est surpris de le voir de si bonne heure. L’élève explique le drame qui l’amène. Monsieur le directeur le remercie d’être venu lui communiquer l’information et lui assure qu’il mettra au courant les autres enseignants pour qu’ils fassent en sorte que le suivi scolaire puisse se faire sans trop de difficulté pour l’adolescente. Sheryl et Sam trouvent les cours ennuyeux, leur petite bavarde leur manque. Russel a repris sa vie de lycéen sans y intégrer ses nouvelles connaissances. Lilou observant ce fait et remarquant qu’Alexe n’est toujours pas avec eux, mais surtout absente en cours, en tire des conclusions. Selon elle, Alexe fait une dépression suite au départ de Dario pour l’Allemagne. Elle tente d’avérer ses faits auprès de Russel en le suivant toute la journée.
Avenue Blueberry, 15h22, mademoiselle Christichel empoigne son portable et compose le numéro de Sam qui est en retard. Ils avaient rendez-vous avec Russel qui est aussi absent, pour rendre une visite à leur amie hospitalisée. Son interlocuteur lui annonce qu’il vient de se produire un événement au lycée, que Russel l’accompagne et qu’ils arrivent promptement. Quand le véhicule français s’approche enfin, Sheryl voit le gosse de riche assis sur la banquette arrière, le poing enroulée dans un linge ensanglanté. La jeune femme est perdue, elle regarde le visage de Sam pour s’assurer qu’il n’a rien. Rassurée elle veut comprendre.
- Alors que s’est-il passé ? Pourquoi es-tu blessé ?
- J’ai frappé le coach Steve Aldford !
- Mais pourquoi as-tu fais ça ? Tu pètes les plombs à cause d’Alexe ?
- En quelques sortes !
Sheryl regarde son ami en train de conduire pour obtenir plus de détails, voyant que Russel n’a pas envie d’en ajouter.
- J’étais encore dans les vestiaires et j’ai entendu des cris dans le gymnase, je me suis donc déplacé pour voir ce qui se passait. Russel hurlait « je vais te frapper, je vais te frapper… » quand je suis arrivé son poing atterrissait dans son visage.
- Pourquoi tu voulais tant que ça le frapper ? Je ne vois pas le rapport avec Alexe et son accident.
- Et pourtant c’est bien lui le responsable !
Sheryl se déconfit. Ca y est, elle comprend. C’est Steve Aldford qui portait le costume de Superman, c’est lui qu’Alexe a ramené la nuit de l’accident. Elle voudrait tant savoir comment Russel a pu découvrir son identité mais il continue à n’en dire que le minimum, pourquoi ? Sam est concentré sur la route car il y a beaucoup de trafic à cette heure-ci. Le jeune homme à l’arrière envoie des messages depuis son téléphone, il ne considère même pas la demoiselle qui se retourne sans cesse pour capter son attention. Le décor défile par les fenêtres. La voiture entre dans la zone hospitalière de la ville. Devant l’entrée des urgences, le véhicule s’arrête pour faire descendre son passager blessé avant de continuer sa route jusqu’au parking. Sheryl et Sam se présentent à l’accueil. L’hôtesse les invite à monter voir leur amie et attendre le médecin en chef avant de repartir. Ils prennent l’ascenseur et rejoignent le cinquième étage. Avant d’entrée dans la chambre 543, il revoit leur plan. Faire croire à Alexe qu’ils ignorent qu’elle s’est réveillée. Mais il tombe vite à l’eau quand leur amie vient à leur rencontre. Sheryl prend l’air surprise.
- Oh et bien voilà qu’Aurore a quitté son sommeil profond ! Ou alors Steve est venu embrasser sa Blanche-Neige ?
Alexe est heureuse de revoir ses amis qui lui ont terriblement manqué. La remarque à propos de Steve ne l’effleure pas pensant que c’est une blague suite aux conversations qu’elles avaient eu auparavant. Sam reste discret. Il lui a fait une déclaration pendant qu’elle était dans le coma et redoute qu’elle s’en souvienne maintenant qu’elle a repris ses esprits. Alexe le sert fort dans ses bras. Sheryl n’en a pas encore terminé.
- Alors il est venu te rendre visite au moins le Prince Charmant ?
- Dario est parti en Allemagne cette nuit à ce que je sais, il a sûrement dû venir me dire au revoir avant de prendre son avion. (elle sourit)
- Je ne parlais pas de lui !
- De qui alors ? (elle fait son ignorante)
- Le prof de sport que tu as ramené en voiture, SEULE, au milieu de la nuit et à cause duquel tu t’es retrouvé ici !
Pour la première fois, Sheryl vient de clouer le bec à son amie. Elle se mordille les lèvres, enroule sa que de cheval autour de ses doigts et s’assied sur le rebord du lit. Elle ronge l’ongle de son pouce droit. Sam observe la scène avec attention, pour ne manquer aucun détail. Il n’a jamais vu Alexe dans cet état. Sheryl s’étonne que ses mots aient pu l’atteindre et la mettre si mal à l’aise. Le lycéen prend place sur une chaise et appuie son menton sur son poing avec un sourire narguant. La grande brune les regarde dans l’espoir qu’ils cessent de l’épier mais en vain.
- Bon d’accord ! Vous savez tout ! Qu’est-ce que je pourrais bien ajouter à cela ? A part qu’il ignore que c’était moi.
- Rectification, qu’il ignorait que c’était toi ! lance le garçon en se raclant la gorge
- Pardon ?
- Russel et lui ont eu une altercation aujourd’hui. C’est Russel qui a découvert que Spiderman était Steve et c’est encore lui qui lui a flanqué son poing dans la tronche il y a de ça moins de deux heures.
L’adolescente s’assied sur son lit et tourne ses cheveux entre ses doigts. Elle ne comprend vraiment pas pourquoi un mec qui la connait à peine a pu découvrir l’identité de son amant et en plus aller le frapper. Cette histoire n’a pas de sens même s’il est vrai que la voiture accidentée était la sienne. Ce garçon possède plusieurs véhicules et a largement les moyens de s’en offrir une nouvelle. De plus, comme elle est responsable, son assurance va le rembourser. Il n’avait aucune raison de jouer les justiciers. Et puis les justiciers de quoi ? Alexe avait fait son choix sans pression. C’est elle et uniquement elle qu’il devrait blâmer. Elle y pense et cherche un éclaircissement. On frappe à la porte. C’est une infirmière. Elle demande si le médecin peut venir pour un dernier bilan. Alexe la scrute et un sourire illumine son visage. Comme si la conversation qu’elle vient de terminer et les pensées qui la torturaient venaient de se dissiper à ces mots.
- Alors je vais pouvoir rentrer ?
- Mademoiselle Casey, je préfère que le Dr. Jake vous annonce son diagnostic lui-même !
Un grand médecin aux cheveux blonds et aux yeux bleus entre dans la chambre après le départ de l’infirmière. Il sert la main des trois jeunes gens et se retourne à plusieurs reprises pour scruter la pièce.
- Nous ne sommes pas tous là ! Où se trouve le garçon aux yeux verts que j’ai vu avec vous l’autre soir ?
- Oh Russel ! Ecoutez Dr. Jake, ce n’est pas vraiment mon ami et je doute qu’il vienne. En plus c’est moi votre patiente, pas lui.
- Je sais mademoiselle Casey mais votre mère tenait à ce qu’il soit présent quand je viendrais pour vous parler de vos résultats. S’il n’est pas là, ce n’est pas grave, je repasserai demain.
- Non ! Je ne vais pas attendre encore 24h. Si nous arrivons à le joindre et qu’il vient encore ce soir, vous reviendrez ?
- Uniquement s’il arrive dans moins d’une heure, ensuite je termine mon service et je retrouve mes enfants et ma femme.
- Bien Dr. Jake.
Lorsqu’il ouvre la porte pour sortir, il tombe nez à nez avec Russel. Il fait demi-tour, laisse passer le jeune homme et referme derrière lui.
- Vos amis le savent déjà, mais votre mère souhaitait qu’ils soient là pour vous soutenir.
Sheryl saisit son ami par les épaules, Sam lui prend la main. Alexe se sent oppressée et se lève brutalement. Elle est debout face au médecin et le regarde interrogativement. Il continue.
- Vous vous tenez debout et vous pouvez marcher, mais vous serez toujours trop faible pour faire du sport ou de longues marches. Nous allons entamer des séances de physiothérapie mais cela ne vous rendra pas votre liberté d’avant.
Russel veut dire quelque chose mais le regard froid et sombre que lui lance Alexe l’arrête net. Les yeux de la jeune femme se tournent vers ces deux amis assis sur le lit. Aucun d’eux n’ose la regarder. Le médecin ajoute
- Vous avez compris mademoiselle Casey ?
- Me prendriez-vous pour une abrutie ? Je suis prisonnière de mon corps, pas besoin d’un dessin, vous avez été très clair.
- Vous avez maintenant rendez-vous avec le Dr. Fritz, c’est un psychologue qui vous aidera à accepter ce qui vous arrive.
Alexe éclate de rire, se reprend et sur un ton glacial
- Je ne veux pas parler au Dr. Fritz. Je ne parlerai à aucun psy. Je vais bien. Et de toute façon il n’y a rien à faire d’autre vous l’avez dit !
- Alexe écoute-moi !
- Ah non toi le fils de psy, je ne veux en aucun cas ton avis sur le sujet.
- Alexe j’ai la solution pour peut-être retrouver ta motricité complète.
- Je ne suis pas handicapée, je dois juste vivre comme une vieille !
- Oui j’ai mal choisit mes mots mais il reste le centre Sportever à Orofino.
La jeune femme plonge ses yeux dans celui du docteur comme pour lui demander pourquoi il ne propose pas cette solution. Le message silencieux se transmet parfaitement.
- Mademoiselle Casey, votre ami a raison mais nous ne vous avons pas proposé cette solution car vous n’entrez pas dans leurs critères d’acceptation.
- C’est là où vous vous trompez. J’ai ici un fax qui me vient tout droit du directeur général du centre qui confirme l’admission d’Alexe dans les trois jours suivant le dernier examen clinique.
Les quatre personnes autour de Russel inspectent le document. Sheryl a le cœur qui bat de plus en plus vite. Sam scrute le visage de sa voisine attendant une réaction. Le médecin sourit et signe un avis de sortie. Alexe croit rêver, elle est perdue. Sam s’approche d’elle et lui murmure qu’elle aura du travail mais que c’est une vraie chance, que tout ça est bien vrai. Russel prend le papier que lui tend le Dr. Jake et ensuite Alexe entre ses bras. Le médecin encore sous l’effet de la surprise retourne faire son travail. La jeune patiente ne comprend toujours pas ce qui se passe. Toutes ces nouvelles d’un seul coup ça l’a perturbé et pourtant il lui en faut pour perdre pied. Petit à petit la joie ambiante s’empare de son désarroi. Elle passe sa main sur la joue de Russel, se met sur la pointe des pieds et approche ses lèvres de son oreille. Doucement elle le remercie avant de se positionner face à lui, les yeux dans les yeux, sa voix est douce et presque silencieuse.
- Pourquoi est-ce que tu as frappé Steve ?
- Alexe tu le sais, je n’ai pas supporté comment il t’a traitée !
- Tu me connais à peine et tu joues les protecteurs et tu trouves un moyen de me redonner la vie que j’avais avant ce dramatique accident. Je ne sais quoi dire.
- Tu n’as rien à dire, je suis heureux de le faire pour toi. Tu es quelqu’un d’unique et je l’ai toujours su. Les gens ont besoin de rencontrer quelqu’un comme toi. Et si tu es celle que tu es c’est grâce à ce que tu fais pour l’être et pour ça tu as besoin de tes jambes comme avant.
- Tu dis beaucoup de choses qui ne veulent presque rien dire et pourtant ça me plait énormément ! (elle rit)
- L’idée de Sportever venait de Dario, je n’ai fait que de tout mettre en œuvre pour que ce soit possible !
- Tu es mon ange gardien alors !
- Oui certainement. (il sourit et passe ses bras autour de sa taille)
Sam et Sheryl écoute la conversation et sourient bêtement. Le spectacle a un côté assez théâtral, à l’Alexe Casey. Cette fille qui aime le sport et qui se bat. Celle qu’ils ne croyaient jamais revoir. Le spectacle continue et ce qui va se passer va tout de même les surprendre. Alexe caresse à nouveau la joue de Russel, il la sert contre lui et caresse son dos. Elle rapproche ses lèvres des siennes, elles se touchent presque, tous les deux ferment les yeux. Sans raison apparente Alexe le gifle. Sous le coup, Russel ouvre les yeux et fixe la jeune fille qui est presque morte de rire.
- Celle-là c’est pour le coup de poing à Steve ! Et vu la tendresse et l’envie que je viens de ressentir, je sais pourquoi tu as fait tout ça pour moi.
- Alexe, tu t’en doutais bien, non ?
- Non j’espérais que tu étais un ami plus fidèle pour Dario et tu me déçois un peu je dois l’avouer.
- D’accord je l’ai bien mérité alors. Mais tu acceptes que je t’accompagne à Orofino demain ?
- Oui c’est avec toi que ce sera le plus facile de partir et c’est grâce à toi alors je te dois bien quelques heures de ma compagnie.
Après avoir remercié et embrassé ses amis, ces derniers s’en vont et elle retourne s’allonger.